Douala 5e : la difficile quête de l’eau potable
À Bonabo et à Maképè Missokè, des habitants parcourent plusieurs kilomètres pour s’approvisionner en eau, tandis que les coupures et les problèmes de qualité compliquent leur quotidien. Ces difficultés affectent également certaines activités économiques, malgré les travaux engagés par la Camwater pour améliorer la desserte de Douala.
Presque tous les matins, dès 5 heures, Laeticia, du quartier Bonabo dans l’arrondissement de Yaoundé part à la recherche d’eau potable. Elle doit parcourir plus de cinq kilomètres pour s’approvisionner. Pour conserver ses réserves, elle a aménagé un espace dans sa cour où elle entrepose régulièrement l’eau rapportée. Dans son secteur, le seul point d’approvisionnement est une initiative du chef de quartier, qui ne parvient malheureusement pas à satisfaire les besoins de tous les habitants. À Maképè Missokè, dans le même arrondissement, la situation n’est guère meilleure. Au lieu-dit « Entrée chefferie », les habitants dénoncent les coupures répétées, la mauvaise qualité de l’eau et les factures qu’ils continuent de payer malgré les interruptions du service.
Ces difficultés font écho aux constats d’un rapport de l’ONG Mains Unies d’Afrique publié en 2023. Selon cette étude, 53,69 % des ménages interrogés parcourent entre un et cinq kilomètres pour s’approvisionner en eau, tandis que 49,25 % mettent plus de 15 minutes pour en trouver.
Des contraintes liées à la production et à la distribution
Selon une source à la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), qui a requis l’anonymat, cette desserte de certains quartiers de Douala s’explique par plusieurs contraintes techniques. Il s’agit notamment des limites des capacités de production, des insuffisances hydrauliques de certaines conduites et des variations de pression dans le réseau. Les interruptions d’électricité, les opérations de maintenance et les incidents sur les installations peuvent également perturber la distribution. À cela s’ajoutent les pertes d’eau liées aux fuites et aux casses de conduites, ainsi que les branchements frauduleux. Pour Georges Eyidi, coordonnateur des régions du Littoral et de l’Ouest de l’Association camerounaise pour la défense des droits des consommateurs et de l’environnement (ACCEAPE), ses difficultés d’accès à l’eau potable s’expliquent notamment par l’absence de branchements du réseau de la Camwater dans certains secteurs et par le faible nombre de ménages abonnés.
Des travaux engagés pour renforcer la desserte
Pour améliorer l’approvisionnement en eau potable dans la ville, la Camwater indique avoir engagé plusieurs actions entre 2024 et 2026, visant à améliorer la production, le stockage et la distribution de l’eau.
Selon l’entreprise, ces interventions doivent permettre de renforcer la desserte des quartiers insuffisamment alimentés et de réduire les perturbations du réseau. Leur impact sur l’approvisionnement des ménages de Douala 5e reste toutefois à établir.
Pour Stéphane Ndoumi, géographe spécialisé en gouvernance territoriale et en analyse des politiques publiques locales, les difficultés d’accès à l’eau potable à Douala résultent d’un ensemble de facteurs, notamment la croissance démographique et les problèmes de gestion des acteurs chargés de la distribution. Il insiste sur la nécessité d’une action concertée entre les différentes parties prenantes. « La solution est que tous les acteurs comme les départements ministériels, les communes, la société civile et le secteur privé travaillent en synergie afin de résoudre ce problème transversal. Chacun doit jouer sa partition », préconise-t-il.
Princesse LEKEUFACK (Stagiaire)







