Garoua : le manque de petite monnaie pénalise des commerçants

Dans cette capitale régionale du Nord, la pénurie aiguë de pièces de monnaie paralyse les microtransactions quotidiennes. Entre ventes refusées, courses de taxis annulées et marché noir du change, les acteurs du secteur informel subissent des perturbations qui minent leur rentabilité.

Il est à peine 8 h, ce 17 octobre 2026, au grand marché de Garoua, capitale régionale du Nord. Solange Mayan, vendeuse de légumes, vient de perdre une vente. Son client lui a tendu un billet de 500 FCFA pour un tas de piment qui coûte 100 FCFA. Faute de monnaie pour lui rendre la différence, elle ne peut pas conclure la transaction.  Quelques étals plus loin, Aïssatou, vendeuse de condiments, fait face au même problème. Chaque jour, des clients repartent sans leurs achats, faute de pièces pour leur rendre la monnaie.

Ces petites transactions manquées finissent par peser sur les recettes des vendeurs. Selon Alexis Atenga, chef du service du suivi des activités du marché à la délégation régionale du ministère du Commerce, le manque de petite monnaie entraîne une perte quotidienne de 10 % à 15 % du chiffre d’affaires potentiel du secteur informel.

Le problème ne se limite pas aux marchés. Dans les rues de Garoua, les conducteurs de moto-taxis doivent eux aussi composer avec le manque de pièces. Pour une course de 200 FCFA payée avec un billet de 500 ou de 1 000 FCFA, trouver de quoi rendre la monnaie peut vite devenir compliqué. « C’est notre plus grand sujet de dispute avec les passagers », explique Kagou.  Face à ces difficultés, certains conducteurs de mototaxi ou commerçants se tournent vers des intermédiaires informels qui leur vendent des pièces à différents endroits de la ville. Une solution qui leur permet de poursuivre leurs activités, mais qui réduit encore leurs bénéfices. « Pour ne pas bloquer mes ventes le soir, je suis obligé d’aller “acheter” les pièces de monnaie », témoigne Chamaha, vendeur de viande grillée. « Si tu veux 10 000 FCFA en pièces de 50 et 100 FCFA, ils te retiennent 500 à 1 000 FCFA de commission. C’est une perte directe sur notre bénéfice, mais on n’a pas le choix si on veut travailler. »

Pour l’économiste Suleyman, les conséquences dépassent les seules pertes enregistrées par les commerçants. Le manque de petite monnaie complique les échanges, provoque des tensions entre vendeurs et acheteurs et peut contraindre les ménages à accepter des produits dont ils n’ont pas besoin. « Cette crise de la petite monnaie asphyxie directement l’économie de proximité à Garoua. Elle étrangle les petits vendeurs qui perdent une part précieuse de leurs revenus, crée des tensions quotidiennes sur les marchés et appauvrit les ménages en les forçant à dépenser plus que prévu. C’est tout le secteur informel, pourtant cœur battant de la ville, qui se retrouve totalement freiné », analyse-t-il.

Fadimatou Boubakary

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