Recettes non fiscales : 245 milliards FCFA non mobilisés en 2025

Sur un potentiel annuel estimé à 600 milliards de FCFA, le Cameroun a mobilisé 354,9 milliards en 2025, selon les chiffres présentés par le Contrôleur financier régional de l’Est. Dans cette région, des recettes minières, forestières et administratives restent insuffisamment recouvrées.

Le ton monte dans une alimentation de Bertoua, le 16 octobre 2026, vers 10 h 30. Face aux agents de la brigade de contrôle et de répression du ministère du Commerce, le tenancier brandit un document pour justifier son paiement. Sur le document, intitulé « bulletin d’encaissement, recette de la délégation régionale du Commerce », figure un montant de 10 000 FCFA, payé le 5 janvier 2026. L’agent du ministère lui oppose une autre exigence : « le reçu que vous avez entre les mains concerne les frais métrologiques pour la vérification périodique de 2026. Vous devez payer pour l’exercice 2025, parce que le ministre n’avait pas ordonné les contrôles dans les marchés à cause de la crise post-électorale. »

Mais au-delà du différend sur l’année concernée, le mode d’encaissement suscite des interrogations. Présent sur les lieux, un ancien receveur des Domaines s’étonne de la nature du document présenté. « Tout argent perçu par un service de l’État doit être enregistré sur une quittance à souche, car il doit être reversé au Trésor public. Or, nous avons devant nous un simple papier format A4. Qui garantit que les sommes collectées dans les marchés de la ville ont été reversées ? », s’interroge-t-il. Cette scène renvoie à un problème plus large, soulevé le 13 octobre 2026, lors de la réunion de coordination administrative de Bertoua, une partie importante des recettes non fiscales échappe encore au recouvrement effectif.

1156 recettes recensées, 600 exploitées

Dans un exposé présenté par le Contrôleur Financier Régional de l’Est, le constat est sans appel. Sur 1 156 types de recettes non fiscales (RNF) recensées lors de l’audit de 2019 de la Direction Générale du Budget (DGB), seules 600 ont été exploitées en 2025.  La conséquence de la non exploitation de toutes les RNF est financièrement lourde. Alors que le potentiel est estimé par la DGB à 600 milliards FCFA par an, le recouvrement est resté autour de 200 milliards au cours des trois dernières années. Ainsi, en 2024, seulement 232 milliards FCFA ont été collectés, en 2025, 354,9 milliards collectés et en 2026, sur 400 milliards ciblés, 67 milliards seulement ont déjà été sécurisés à la fin du mois de mars.

Le cas de l’Est

L’expert identifie trois causes nationales : les recettes collectées mais non inscrites au budget, les tarifs dépassés par la conjoncture, et les services rendus gratuitement alors qu’ils sont payants. Pour la région de l’Est, le tableau est plus précis. A Bétaré-Oya, Ketté et Colomine, Batouri, les redevances superficiaires, les taxes ad valorem, les droits de carte d’artisan minier et les amendes environnementales ne sont pas systématiquement liquidées. L’orpaillage informel échappe totalement aussi.

De l’autre côté, l’Est peine à recouvrer la Redevance Forestière Annuelle (RFA), les amendes pour exploitation forestière illégale et les frais de permis de coupe. « Au lieu de 700 milliards projetés, seuls 80 milliards étaient mobilisés il y a deux ans. Dans les hôpitaux, les lycées, les délégations du MINDCAF et du MINFOF de Bertoua, Abong-Mbang ou Yokadouma, les quittances manuels persistent », souligne-t-il.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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