Riziculture : seulement 10 tonnes de riz produites en 2025 à Santchou
Sur les 4350 hectares affectés par l’État pour la culture de cette céréale, juste 18 hectares ont été exploités dans la plaine de la Menoua. Découragés par le riz pluvial, les riziculteurs plaident pour l’irrigation, jugée plus rentable.
La piste agricole qui mène à la Société de développement et d’exploitation de la riziculture (Soderim) se trouve à environ 3 km du centre-ville de Santchou, en venant de Melong. La fine pluie tombée en fin de journée du 9 février 2026 rend la route glissante. Les traces laissées par les véhicules imposent la prudence. Par endroits, il faut descendre de la moto et la pousser. Au bout d’une dizaine de minutes, l’ancienne usine apparaît. Elle se dresse à l’écart, à environ 2 km de l’axe Santchou–Dschang, dans la Menoua, région de l’Ouest.
Quelques mètres plus loin, la plaine se dévoile, immense mais avec une végétation diversifiée. Sur les 4350 hectares réservés à la riziculture, seule une infime portion est encore cultivée. Le reste est dominé par les palmiers à huile, les bananiers, les caféiers, le maïs et le manioc. Pourtant, Santchou n’a pas toujours présenté ce visage. La plaine des Mbo constituait entre 1970 et 1980, l’un des principaux bassins rizicoles du Cameroun, portée par le projet Soderim, avec des milliers d’hectares aménagés et une production structurée. Aujourd’hui, d’autres cultures comblent le vide.
Une filière qui s’efface
À Santchou, la culture du riz pluvial est aujourd’hui presque abandonnée. Trop dépendante des pluies devenues imprévisibles, elle a fini par décourager les producteurs. « Depuis 6 ans, nous avons arrêté. Avec le changement climatique, la production était insignifiante », confie M. Ekanga, de la coopérative Socoopris. Il rapporte qu’à la dernière année de culture, ils ont à peine atteint 500 kg de riz à l’hectare. Bien loin des 3 tonnes attendues en moyenne. Peu à peu, dans les années 1990, faute de résultats, les structures, soit une dizaine de Groupements intercommunautaires (Gic) et coopératives, ont disparu. La production repose désormais sur quelques exploitants isolés et les chiffres traduisent cet effondrement. En 2025 par exemple, seules 10 tonnes de riz de consommation ont été produites, à peine plus qu’en 2024 sur des milliers d’hectares disponibles. « Sur les 4350 hectares affectés, seulement 18 hectares ont été exploités en 2025 », indique Njichiagha Evarisius Mbumpeh, délégué du Minader à Santchou. Une superficie qui n’a pratiquement pas évolué depuis l’arrêt de la Soderim.
En l’absence de données statistiques continues, il est difficile de retracer une évolution précise de la production du riz dans cette localité. Mais tous les acteurs décrivent une même réalité, pendant près d’une décennie, la production est restée faible, parfois quasi nulle. Même à l’échelle du département de la Menoua, la production reste instable, fluctuant fortement d’une année à l’autre. Entre 2018 et 2025, elle varie fortement, passant de 0,24 tonne en 2018 à un pic de 53,2 tonnes en 2021, avant de retomber autour de 15 à 12 tonnes ces dernières années, selon la délégation d’arrondissement du Minader.
Une dépendance qui coûte cher
À des centaines de kilomètres de là, une autre réalité se joue. Dans les ports de Douala et de Kribi, les cargaisons de riz s’enchaînent pour approvisionner le marché national. Selon le dernier rapport de l’Institut national de la statistique (Ins) sur le commerce extérieur, En 2024, le Cameroun a importé 887 200 tonnes de riz blanchi et de brisures pour une facture de 264,4 milliards de Fcfa, afin de satisfaire une demande nationale estimée à plus de 1,1 million de tonnes. « Le paradoxe est insoutenable, le pays injecte chaque année des centaines de milliards de Fcfa à l’étranger, alors que la plaine de Santchou pourrait contribuer à réduire cette dépendance si les investissements suivaient », analyse l’économiste Désiré Ndongo Manga.Pour lui, le problème n’est pas l’absence de terres mais l’absence de système.
Sur le terrain, ceux qui continuent à cultiver le riz le font dans des conditions de plus en plus contraignantes. La production de semences certifiées, assurée notamment par le Gic Fas et la coopérative ProRimcoop-ca, est en baisse. « En 2018, nous faisions 3 tonnes à l’hectare. Aujourd’hui, les résultats ont chuté », explique Philomène Tchamo. Des producteurs accusent des semences inadaptées, le passage du Nerica 8 au Nerica 3, mais surtout les retards dans leur distribution. « Nous recevons habituellement les semences en juillet, alors qu’il faudrait les avoir dès avril », précise Edouard Noumbissi. À cela s’ajoute l’irrégularité des financements. Les subventions prévues sur cinq ans se sont arrêtées au bout de trois ans, sans explication. Le Gic Fas et ProRimcoop-ca ont ainsi bénéficié d’une subvention de 40 millions de Fcfa par an entre 2022 et 2024, au lieu des cinq années initialement prévues. Par conséquent, en 2025, aucun appui n’a été reçu.
Cultiver un hectare de riz représente un investissement important. Il faut environ 70 kg de semences, six sacs d’engrais, cinq litres d’herbicide, 300 000 Fcfa pour le labour, 600 000 Fcfa pour le désherbage, sans compter la main-d’œuvre et la surveillance des champs. Au total, les dépenses avoisinent un million de Fcfa par hectare, pour un rendement de 2 tonnes au mieux. « Alors qu’avec le riz irrigué, on peut atteindre 9 tonnes à l’hectare », fait observer Edouard Noumbissi qui préconise le riz irrigué en lieu et place du riz pluvial qui a montré ses limites.
Une relance encore attendue
Malgré ce tableau, des perspectives existent. Deux projets majeurs nourrissent les espoirs des producteurs. Le premier, porté par le Cercle international pour la promotion de la création (Cipcre), prévoit le développement de la chaîne de valeur riz sur environ 1000 hectares. Des coopératives ont été formées, les premières étapes enclenchées. Un autre projet, initié par la mairie en partenariat avec Hydroneo Afrique, ambitionne de réhabiliter les infrastructures d’irrigation et de mettre en place une unité industrielle de transformation. Mais sur le terrain, rien n’a encore véritablement changé. À Santchou, les ruines de la Soderim sont toujours là.
Blaise Djouokep, de retour de Santchou







