TRIPARTITE : L’ART DE DÉSAMORCER UNE RÉVOLUTION

Présentée comme une avancée démocratique majeure, la Tripartite de 1991 continue de diviser les consciences. Derrière le récit officiel d’un dialogue inclusif, certains acteurs y voient une manœuvre stratégique destinée à briser une dynamique populaire en faveur d’une Conférence Nationale Souveraine. Retour critique sur un tournant décisif de l’histoire politique Kamerunaise.

*Une ouverture calculer*

Cyril Sam Mbaka, acteur de premier plan de cette époque, par son ouvrage, nous donne l’opportunité de plonger sans concession dans les coulisses d’un tournant historique. Lorsque la Tripartite est convoquée, le pays est en ébullition. Les villes grondent, la rue réclame des réformes profondes, et une exigence domine : la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine. Dans ce contexte, la rencontre tripartite apparaît comme une réponse… mais une réponse orientée. La Tripartite n’était pas une fin en soi, mais un instrument de reconfiguration du rapport de force. En intégrant certaines composantes de l’opposition dans un cadre contrôlé, le pouvoir parvient à déplacer le centre de gravité de la contestation.

*La fracture de l’opposition* 

L’un des effets immédiats de la Tripartite est la fragmentation du front contestataire. La Coordination des partis de l’opposition et des associations, jusque-là relativement soudée, se fissure. Entre participation et boycott, les lignes se brouillent. Pour les irréductibles, cette rencontre n’est rien d’autre qu’une « messe noire politique », un piège destiné à neutraliser l’élan révolutionnaire. Ils tentent alors de maintenir la pression en créant l’ARC-CNS (Alliance pour le Redressement du Cameroun par la Conférence Nationale Souveraine), ultime tentative de préserver l’idéal d’une refondation profonde. Mais la dynamique est brisée. Le pouvoir a réussi son pari : diviser pour mieux régner.

*La tentation électorale et le désarmement politique* 

Dans la foulée, l’organisation des élections législatives vient achever ce processus de désamorçage. Le timing interroge, le contexte encore plus. Alors que l’ARC-CNS annonce le boycott, une enveloppe de 500 millions de FCFA est proposée, par le président de la République, aux partis acceptant de prendre part au scrutin. Ce fut le moment où certains ont troqué la lutte contre des illusions de pouvoir. L’appât financier agit comme un dissolvant politique. Une partie de l’opposition, séduite ou fragilisée, abandonne le combat initial. La contestation s’institutionnalise, perd de sa radicalité, et surtout, de sa capacité de mobilisation.

 *Une victoire du système, une résolution du peuple* 

Au terme du scrutin, l’opposition qui l’emporte se laisse acheter. Le constat est amer : le système a repris la main. Ce qui s’annonçait comme une possible rupture historique se transforme en transition contrôlée. La Conférence Nationale Souveraine n’aura pas lieu.

Le peuple, lui, observe. Il espérait un basculement ; il assiste à un réajustement. Cette désillusion marque durablement la conscience collective. Elle installe une méfiance vis-à-vis des processus politiques perçus comme téléguidés.

*Quand le peuple apprend à se méfier des faux tournants de l’histoire*

L’histoire de la Tripartite enseigne une leçon essentielle : toute ouverture politique n’est pas nécessairement synonyme de transformation réelle. Lorsqu’un système contesté fixe lui-même les règles du dialogue, il conserve souvent l’avantage. Pour les forces de changement, le défi demeure le même, hier comme aujourd’hui : préserver l’unité, résister aux séductions immédiates et garder le cap sur l’essentiel l’intérêt du peuple.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

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