Municipales et législatives : méfiance et batailles électorales en vue à Dschang

Dans la mouvance des élections locales, cette ville universitaire de la Menoua se prépare à une campagne sous haute tension. Entre promesses des partis, scepticisme des électeurs et héritage des violences post-électorales de 2025, chaque geste politique est scruté.

Assis devant sa boutique au marché A de la ville de Dschang, dans la Menoua, région de l’Ouest au Cameroun, Jean-Marc Nguimfack fait défiler les messages sur son smartphone qui ne cesse de crépiter aux notifications de WhatsApp. Dans cette localité, la vie politique agite les discussions dans des groupes communautaires. « Les élections passent, mais nos problèmes restent », lance Jean-Marc à un collègue en essuyant la sueur de son front. « L’eau, les routes, l’emploi des jeunes… rien ne change vraiment », ajoute-t-il.

Vendeur de produits agroalimentaires et électeur depuis 2011, Jean-Marc est soucieux du développement local, mais avoue hésiter à voter, lassé des promesses répétées.

Plus loin, sur le campus de l’Université de Dschang, le même sentiment règne. « Nous suivons l’actualité politique, mais nous ne sommes pas sûrs du fait que notre vote compte réellement », confie Amina Tchouan. L’étudiante en Sciences sociales a en mémoire les tensions post-présidentielles de 2025 et les difficultés qui frappent le milieu estudiantin, notamment les coupures intempestives de l’électricité. Pour autant, tous ne partagent pas ce désenchantement, car certains restent attachés au scrutin municipal. « Même si ce n’est pas parfait, c’est par les urnes que nous pouvons demander des comptes », estime Claude Fotso. Samuel Tamba, lui aussi étudiant, complète : « Les urnes permettront d’évaluer l’action de l’exécutif et les alternatives proposées. »

Le cauchemar des tensions post électorales encore en mémoire

Dschang porte encore les stigmates des violences post-électorales de la présidentielle de 2025. Le palais de justice et le siège local du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) partent en fumée, tandis que les manifestants tentent de brûler la résidence du recteur de l’université. À l’origine de ces tensions, des soupçons de manipulation des résultats au sein de la commission départementale de recensement, après une alerte du représentant du Front pour le salut national du Cameroun ( Fsnc), parti d’Issa Tchiroma Bakary. Des renforts venus de Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest une ville située à près de 40 minutes de  la cité universitaire avaient finalement rétabli un calme précaire et procédé à plusieurs interpellations. Et dans cette région, selon les résultats officiels, Issa Tchiroma arrive en tête avec 46,76 % des voix devant Paul Biya (38,61 %), mais la proclamation du président sortant au plan national avait suscité contestations et manifestations.

La municipalité dirigée depuis 2020 par Jacquis Gabriel Kemleu Tchabgou (Rdpc) en a aussi subi les conséquences. Une grève du personnel pour huit mois d’arriérés de salaire a paralysé les services. L’exécutif évoque « la faiblesse des recettes et les retards de transferts, notamment des centimes additionnels communaux et des droits d’accises ». Des difficultés similaires sont signalées à Santchou dans la Menoua, Foumban dans le Noun et Galim dans le département des Bamboutos. Ceci dans un contexte national marqué par des tensions de trésorerie liées au non-reversement automatique de certaines recettes et à une décentralisation inachevée, selon Joseph Dion Ngute, président du Conseil national de la décentralisation et par ailleurs Premier ministre, chef du gouvernement.

Pour certains observateurs, les signaux d’alerte sont déjà perceptibles. À Dschang, les résultats de la dernière présidentielle et les tensions post-électorales ont déjà entamé la confiance d’une partie de l’opinion locale. À cela s’ajoute le malaise social au sein de la mairie, marqué par des revendications liées aux arriérés de salaires. « Ces facteurs pourraient exposer le parti au pouvoir à un risque d’érosion de son électorat », analyse Michel Nkeng, politologue.

Des figures en vue

Dans ce contexte, l’opposition se prépare activement aux municipales et législatives annoncées pour 2026 face au Rdpc, qui dirige la commune depuis 2007, soit trois mandats consécutifs. Au Mrc, Serge Baresi Tessa, secrétaire de la Fédération départementale de ce parti par ailleurs pressenti comme candidat à la mairie de Dschang, évoque une mairie fonctionnant « en mode survie». Il est engagé à proposer un « véritable » projet de développement fondé sur la planification, la transparence et la participation citoyenne. Le Mrc entend notamment renforcer ses bases et tourner la page de la « chaise vide » de 2020.

D’autres formations politiques affichent également leurs ambitions, via des têtes d’affiches. Ghislain Victor Nkenlifack,  président du Rassemblement démocratique du peuple sans frontière (Rdpf-Kumzse) mise sur la mobilisation de proximité. Tandis qu’Eric Ngueguim, président du Parti écologique du Cameroun (Pec), veut aussi peser lourd lors des échéances à venir. Selon lui, « Dschang a besoin d’un spécialiste pour sortir de sa précarité », car, insiste-t-il, « bâtir une ville plus digne et résiliente suppose compétence, vision et gestion responsable ».

Face à cette offensive, des jeunes cadres du Rdpc, le parti au pouvoir  s’activent sur le terrain. « Le temps de la jeunesse est arrivé », confie une source interne, qui insiste sur la nécessité de respecter les orientations du Comité central et la discipline du parti pour conserver la mairie. Contacté, Landry Toukam, président de l’organisation des jeunes de ce parti a décliné toute demande d’entretien sur la question.

D’ailleurs, Sob Amym Fouejeu, acteur de développement social, estime que « Dschang fait face à des défis urgents dans un contexte d’instabilité (…) l’exécutif doit rassembler par sa compétence ». Il estime que « tous les partis, y compris le Rdpc, doivent investir des profils à la hauteur des exigences actuelles », mais témoigne également que cette « ville universitaire à forte majorité jeune, concentre des diplômés contraints à des activités de survie. Cette frustration explique en partie les tensions de 2025 ».

A en croire Michel Nkeng, les frustrations exprimées par les habitants, notamment les problèmes d’accès à l’électricité, à l’eau potable et l’état des routes reliant les groupements, révèlent surtout « un malaise profond lié à la gouvernance municipale et au décalage entre les attentes des populations et l’action publique». L’enjeu, qui dépasse la rivalité partisane, comme laisse l’entendre le spécialiste des questions politiques, est la mise en lumière des besoins pressants des populations de cette ville universitaire. Elles attendent des solutions concrètes aux problèmes d’électricité, d’infrastructures, d’eau potable et de gestion municipale.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

 

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