CELEBRITE SANS PRÉVOYANCE, SOLIDARITÉ SOUS PRESSION
Le scénario est désormais familier : une star tombe malade, un visuel alarmant circule sur les réseaux, un numéro de mobile money s’affiche, et la population est appelée à « se mobiliser ». L’émotion prend le pas sur la raison. Mais derrière l’élan de solidarité, une question dérange : comment des vedettes aux cachets mirobolants, aux œuvres vendues par milliers, peuvent-elles se retrouver sans couverture médicale ni épargne pour les jours difficiles ?
*L’émotion comme levier*
Tout commence par un message poignant : « Notre icône nationale lutte pour sa vie. Aidons-la ! » Les fans partagent, compatissent, contribuent. La compassion devient réflexe collectif.
La solidarité est une valeur noble. Elle a permis de sauver des vies. Mais à force de répétition, l’appel à l’aide devient un mécanisme presque automatique. À chaque maladie grave d’une personnalité publique, la même scène se rejoue.
« Il a tant donné au pays », entend-on.
Sans doute. Mais donner au public dispense-t-il de prévoir pour soi-même ?
*La grande vie, les petits lendemains*
Nombre de vedettes affichent un train de vie flamboyant : voitures rutilantes, soirées fastueuses, voyages à répétition. Les réseaux sociaux regorgent d’images de réussite et d’opulence.
Pourtant, lorsque la maladie frappe, l’argument revient : « Il n’y a pas de moyens. »
Où sont passés les cachets ?
Où sont les droits d’auteur, les contrats publicitaires, les spectacles à guichets fermés ?
La célébrité ne garantit pas la fortune éternelle, certes. Mais l’absence totale de prévoyance interroge. L’assurance maladie, l’épargne, l’investissement ne sont pas des luxes ; ce sont des nécessités, surtout pour des carrières souvent instables.
*La plèbe sollicitée*
La question devient plus sensible encore quand l’appel s’adresse à une population elle-même en difficulté.
Dans un pays où des familles peinent à payer les frais d’hôpital les plus élémentaires, doit-on demander à « la plèbe galerienne » de se saigner pour des vedettes qui ont connu des années d’abondance ?
On nous répond : « Ils portent haut le drapeau du pays. »
Mais en quoi le portent-ils plus haut que ces enseignants qui ont crié « on a trop supporté » jusqu’à l’épuisement ? En quoi leur contribution efface-t-elle la responsabilité individuelle ?
La gloire n’est pas un contrat d’assistance permanente.
*Solidarité ou déresponsabilisation ?*
Il ne s’agit pas de refuser l’aide à un malade. La maladie n’est pas un crime.
Mais transformer chaque hospitalisation de star en collecte nationale pose un problème d’équité.
À force d’appels répétitifs, la solidarité risque de s’éroder. Le public peut finir par se lasser, douter, voire soupçonner une instrumentalisation de l’émotion.
« La compassion ne doit pas remplacer la prévoyance. »
Une société équilibrée encourage l’entraide, mais elle valorise aussi la responsabilité personnelle.
*Vers une culture de la prévoyance*
Peut-être est-il temps d’ouvrir un débat serein sur la gestion financière des artistes et personnalités publiques. Les syndicats, les maisons de production, les managers ont un rôle à jouer pour promouvoir l’assurance et l’épargne.
La notoriété offre des opportunités ; elle impose aussi des devoirs.
Être un modèle, ce n’est pas seulement briller sur scène. C’est aussi montrer qu’on prépare l’avenir.
*Il est temps qu’on en parle sérieusement*
La solidarité nationale est une richesse fragile. Elle doit rester un élan du cœur, non un palliatif systématique aux imprévoyances individuelles.
Aider un artiste en détresse est un geste humain.
Mais bâtir une culture de responsabilité est un devoir collectif.
Car une nation forte ne se construit pas seulement autour de ses idoles ; elle se consolide quand chacun, célèbre ou anonyme, apprend à prévoir ses lendemains.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE







