Recensement de la population : les retards de paiement des agents fragilisent le processus
L’argent est en train de devenir le principal point de tension du 4ᵉ Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-4) au Cameroun. Lancée le 24 avril 2026, l’opération, qui mobilise près de 30 000 agents recenseurs à travers le pays, connaît d’importantes perturbations liées au non-paiement des primes et indemnités promises aux agents de terrain.
Ambiance peu ordinaire le 18 mai 2026 à la sous-préfecture de Douala 3ᵉ, région du Littoral. Le personnel de cette unité administrative, est surpris d’y trouver une foule de jeunes hommes et femmes, arborant tous une chasuble orange sur laquelle on peut lire : « Recensement général de la population ». L’image la plus frappante reste les pancartes brandies par une bonne poignée d’entre eux, avec un message clair : « nous voulons nos primes et nos indemnités de formation ». Faute de quoi, « les opérations de recensement seront arrêtées jusqu’à ce que notre situation soit clarifiée », prévient Françoise Z.
Près d’un mois après son lancement, le 24 avril 2026, le 4ᵉ Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-4) connaît des perturbations dans son processus de réalisation. Certains des 30 000 agents de recensement sélectionnés par l’État réclament les fonds qui leur ont été promis pour la descente sur le terrain. Une collecte qui se fait parfois au prix de leur sécurité. « Nous faisons un travail pas du tout facile. L’une d’entre nous a failli se faire abuser sexuellement et un autre a été attaqué par un chien dans un domicile privé », fulmine un agent recenseur sous couvert d’anonymat. Pour faire entendre leur voix, des agents de Douala ont organisé un sit-in le lundi 18 mai 2026 afin d’entrer en possession de leur dû. « Les premiers jours, nous n’avons pas eu notre argent de transport, ni les frais de formation que nous devions recevoir à hauteur de 1500 Fcfa par jour et les 3 000 Fcfa chaque jour du recensement », témoigne un agent sous anonymat. À Yaoundé, la grande affluence des « compteurs de voix » perceptible en début de mois a fait place à quelques agents seulement, encore motivés.
Du côté de l’État, pas d’inquiétude à avoir. « Les salaires des agents sont sécurisés. Les paiements se feront via les opérateurs de téléphonie mobile. Il n’y a aucune inquiétude à se faire. Toutes les dispositions seront prises. Toutes les personnes seront payées », rassurait le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, lors de la dernière communication gouvernementale du 29 avril 2026. Alors, qu’est-ce qui freine ces paiements ? « Il fallait que les chefs d’arrondissement reconnaissent les agents. Beaucoup n’ont pas donné leurs informations bancaires à temps. Ce n’est pas un manque d’argent », explique Bernadette Mbarga, directrice du Bureau central des recensements et des études de population (Bucrep).
Censé s’achever le 29 mai prochain, le Rgph-4, budgétisé à 13,28 milliards Fcfa, fait déjà planer un doute sur la fiabilité des chiffres qui en sortiront. « Nous craignons effectivement que les chiffres ne respectent pas le seuil minimal de 95 % exigé. À ce jour, nous sommes autour de 80 % des données collectées. Mais nous remarquons que plusieurs agents recenseurs abandonnent le travail parce qu’ils ne sont pas payés. Certains le font déjà avec peu de sérieux. Et toutes ces informations, nous les avons parce qu’ils travaillent avec des tablettes qui sont surveillées », s’inquiète Fabrice Olenguena, superviseur des agents recenseurs.
Le dernier recensement des Camerounais et de leur habitat remonte à 2005, pour une population estimée à 17 millions d’habitants.
Par Désiré Domo
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