Délestages: Yaoundé broie du noir
La capitale politique du Cameroun vit au rythme des coupures intempestives d’électricité depuis près d’un mois. Une situation qui exaspère les populations.
Depuis près d’un mois, Yaoundé, chef de la region du Centre et capitale politique du Cameroun, subit des coupures d’électricité à répétition. Si certains quartiers ont été épargnés au début et si tous les jours n’étaient pas concernés, la situation a changé: depuis deux semaines, les habitants de la capitale vivent quotidiennement dans le noir. Une réalité qui exaspère les populations.
Le 3 juin 2026, Christelle N. quitte tôt son domicile de Nkolndongo pour se rendre au travail. En début de soirée, elle regagne sa chambre et découvre qu’elle est plongée dans le noir. « Chez mes voisines, il y avait de l’electricité. Je suis sortie demander à un voisin s’il en avait également. Il a été surpris par ma question, puis il a vérifié et s’est rendu compte qu’il était lui aussi dans le noir», raconte la tenancière d’une boutique d’objets de piété, située dans une paroisse de la place. Après vérification, les habitants découvrent que leurs compteurs ont disjoncté. « Nous avons tout remis en marche. Mais une fois dans ma chambre, j’ai constaté que plusieurs de mes appareils étaient hors service : ma rallonge, mon chargeur et même une ampoule », ajoute-t-elle, encore sous le choc.
Plus loin, à Ngousso, Richard K. n’a toujours pas digéré sa perte. Propriétaire d’un restaurant, il avait servi des plats avariés à sa clientèle il y a quelques semaines. Depuis, une partie de ses clients ne revient plus. « L’électricité est restée coupée pendant près de deux jours et mon poisson s’est complètement décomposé », déplore-t-il.
Dans les quartiers Ekounou, Anguissa et Mvog-Mbi, les coupures sont désormais presque prévisibles. « Dès 9h-10h, l’électricité est souvent coupée », constate Jordi T. Ce qui aggrave la situation, c’est surtout la durée de ces délestages. Car selon des témoignages, le courant électrique disparaît tôt le matin pour ne revenir que dans l’après-midi, parfois entre 16 et 19h. « C’est vraiment regrettable de subir autant de coupures, surtout ici à Yaoundé, la capitale du pays. Ce n’est pas normal », fulmine Fabrice Tagne, habitant de la ville.
Offre insuffisante, réseau vieillissant
Quelles en sont les causes ? Pour Paul Wanré, expert en management des organisations, explique : « les délestages actuels dans le réseau interconnecté Sud s’expliquent par plusieurs facteurs combinés. D’abord, une demande en électricité qui augmente plus vite que l’offre disponible, sous l’effet de la croissance démographique et économique. Ensuite, un réseau vieillissant qui nécessite d’importants investissements ».À la Société camerounaise d’électricité (Socadel), la communication reste inexistante. Sollicitée à plusieurs reprises, la cellule en charge n’a pas donné suite.
Selon Cameroon tribune, un plan de redressement du successeur d’Eneo est en préparation. Dans un communiqué du 5 juin 2026, le président du conseil d’administration Antoine Tsimi présente un budget 2026 équilibré à 630 milliards Fcfa dont 375 milliards Fcfa destinés à l’achat et au transport d’énergie et de combustibles, et 74,6 milliards Fcfa aux investissements. Pourtant, la dette héritée d’Eneo n’est pas encore résorbée. Elle s’élève à 800 milliards Fcfa, dont 500 milliards Fcfa dus aux fournisseurs.
Selon la Banque mondiale, le taux d’accès national à l’électricité oscille entre 65 et 70 %, avec de fortes disparités : plus de 90 % en milieu urbain contre 25 à 35 % en zone rurale. La situation de Yaoundé n’est pas isolée. Les régions de l’Ouest et du Littoral subissent également des coupures depuis plusieurs semaines, notamment en raison de l’arrêt des centrales de Kribi et de Douala, d’une capacité cumulée de 304 mégawatts.
Par Désiré Domo







