Fistules obstétricales:  à Garoua, 300 femmes en attente d’une opération depuis trois ans

Depuis la fin des campagnes de chirurgie réparatrice en 2022, de nombreuses patientes sont inscrites sur la liste d’attente de la Délégation régionale de la santé publique du Nord. Faute de financements, elles restent privées de cette intervention salvatrice.

Pendant seize ans, les campagnes de chirurgie réparatrice ont redonné espoir aux femmes du Nord Cameroun souffrant de fistules obstétricales. Mais depuis la fin de l’année 2022, aucune campagne n’a été organisée.  « notre partenaire clé le Fonds des Nations Unies pour la Population ( Unfpa), s’est retiré de la région du Nord. Fonctionnant essentiellement grâce aux fonds du gouvernement américain qui ont été suspendus. Après la campagne de 2022, ces financements n’ont pas été renouvelés », justifie Issa Houreï, responsable de la Santé de la Reproduction à la Délégation régionale de la Santé Publique (Drsp) du Nord. Depuis, aucune grande campagne n’a été organisée et près de 300 femmes, déjà enregistré à la Drsp du Nord, attendant toujours une opération.

Sans cet appui financier, la facture de cette prise en charge devient hors de portée pour les familles rurales. Entre l’intervention chirurgicale et le suivi, une réparation coûte plus d’un million de francs CFA par patiente. « Aucune démarche n’a été entreprise pour rechercher de nouveaux financements extérieurs », confesse Issa Houreï. Mais pour tenter de maintenir cette prise en charge, le ministère de la Santé publique, (Minsanté), a ouvert un centre national de réparation gratuite à Maroua et financé une micro-campagne à Ngong en 2025. Mais ces initiatives restent insuffisantes. « Nous y avons déjà envoyé quatre patientes et nous continuons d’enregistrer les demandes, mais sans financements, nous ne pouvons pas faire grand-chose », déplore Issa Houreï.

Derrière cette attente, se cachent des vies brisées. Inna Djenabou a porté ce poids pendant dix ans à Nakhon, dans l’arrondissement de Mayo-Hourna, à une soixantaine de kilomètres de Garoua, dans la Benoué. Victime d’une fistule à seulement 20 ans dès sa première maternité, elle raconte que son calvaire n’a pris fin qu’en 2021 grâce au passage d’un agent de santé communautaire venu vacciner contre la poliomyélite, qui l’a réorientée vers Garoua. Selon Le Dr François Dadao, gynécologue-obstétricien : « lorsqu’un travail d’accouchement s’éternise ce qu’on appelle un travail obstructif ou stationnaire, la tête du bébé reste bloquée trop longtemps contre les os du bassin de la mère. Cette compression prolongée écrase les tissus mous de la vessie, du vagin ou du rectum. Privées de sang, ces chairs meurent et se nécrosent. Au bout de quelques jours, le tissu mort tombe, laissant un trou perforé, la fistule. »

Si le diagnostic final est médical, le sociologue Souleyane pense que les facteurs qui conduisent ces jeunes femmes sur la table d’opération sont profondément enracinés dans les réalités sociales du Grand-Nord. Il énumère entre autres, la précocité des unions qui dit-il fragilise les futures mères. « Les filles partent très tôt en mariage alors qu’elles ne sont pas biologiquement mûres. Certaines voient leurs premières règles chez leur mari. À 12 ou 14 ans, leur bassin osseux est trop étroit pour laisser passer un bébé », s’indigne Souleymane.  A ces facteurs, Issa Houreï ajoute les mutilations génitales féminines (Mgf) et la sensibilisation rurale qui manquent de moyens. « Il y a aussi le manque de suivi des grossesses, la non-reconnaissance des signes de danger, l’absence de moyens de transport d’urgence dans nos villages et le retard de prise en charge dans des formations sanitaires parfois démunies de plateau technique pour pratiquer une césarienne. »

Les données recueillies par la DRSP du Nord entre 2006 et 2022 démontrent l’efficacité du dispositif lorsqu’il fonctionnait. Sur 397 cas de fistules identifiés, 356 femmes ont pu être opérées, et 285 ont été définitivement guéries, soit un taux de réussite global de 80,1 % (qui a même atteint 95,35 % sur la période 2020-2022).

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Sur les 41 femmes enregistrées mais jamais opérées, la Drsp du Nord, indique que beaucoup se sont révélées introuvables au moment du lancement des campagnes.  Quant aux 71 patientes chez qui l’intervention n’a pas apporté la guérison attendue, les causes se trouvent souvent après la sortie de l’hôpital : « pour qu’une chair cicatrise après la chirurgie, la patiente doit respecter un protocole très strict: pas de rapports sexuels pendant au moins six mois, l’interdiction de porter de lourdes charges et des visites de contrôle bimensuelles obligatoires jusqu’au sixième mois », détaille Mme Issa Houreï. « Malheureusement, sous la pression conjugale ou par nécessité économique, certaines ne respectent pas ce protocole ».

Fadimatou Boubakary

Mots clés : Fistules obstétricales ; région du Nord, financements

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