AFRIQUE – OCCIDENT : ENTRE LEÇONS DE MORALE ET DOUBLE DISCOURS
Depuis plusieurs décennies, les puissances occidentales se présentent comme les gardiennes universelles de la démocratie, des libertés et des droits humains. Mais à mesure que leurs discours se heurtent à leurs propres pratiques, une question surgit avec insistance en Afrique : l’Occident cherche-t-il réellement notre émancipation ou simplement une nouvelle forme de domination idéologique, politique et culturelle ? Entre injonctions morales, sanctions sélectives et mépris des réalités africaines, le doute grandit. Et si l’Afrique cessait enfin de demander la permission d’exister selon ses propres valeurs ?
Quand la démocratie devient un instrument de domination
L’Occident aime parler de démocratie à l’Afrique comme un missionnaire parlant à des païens. Il distribue des certificats de bonne conduite, désigne les bons et les mauvais dirigeants, applaudit certaines élections et en conteste d’autres selon ses intérêts stratégiques. Hier, les nationalistes africains qui réclamaient une véritable souveraineté étaient traités de communistes, d’extrémistes ou d’ennemis de la liberté. Pourtant, dans plusieurs pays occidentaux, les partis communistes existent légalement, participent aux élections et siègent parfois dans des assemblées.
Ainsi donc, ce qui était considéré comme un crime politique en Afrique devient une simple opinion ailleurs. Voilà toute l’hypocrisie du système : les principes changent selon la couleur des peuples et les intérêts géopolitiques. « Le fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit », Jean-Jacques Rousseau. Pendant longtemps, l’Afrique a accepté d’être jugée par ceux qui refusaient eux-mêmes d’être jugés.
La liberté… mais seulement à sens unique
L’Occident parle sans cesse de liberté individuelle. Mais cette liberté semble souvent fonctionner comme une route à sens unique : elle doit aller de l’Occident vers l’Afrique, jamais dans l’autre sens. On demande aux sociétés africaines d’accepter certaines évolutions culturelles ou sociétales au nom de la modernité. Ceux qui expriment des réserves sont immédiatement catalogués d’arriérés, d’obscurantistes ou d’ennemis des droits humains. Pourtant, les mêmes pays qui prêchent la tolérance refusent souvent de respecter les sensibilités culturelles des autres peuples. Ils veulent enseigner aux Africains ce qu’est la famille, la morale ou la liberté, comme si l’humanité avait commencé sur les bords de la Seine ou du Rhin.
Le plus paradoxal est ailleurs : ces États qui donnent des leçons d’ouverture ferment leurs frontières, compliquent les visas, humilient parfois les demandeurs africains et brisent même des unions amoureuses administrativement. En France, par exemple, le fameux Certificat de Capacité à Mariage peut devenir un véritable parcours de souffrance pour des couples sincères. Au pays proclamé de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, l’amour doit parfois obtenir un visa avant d’exister. « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. » François de La Rochefoucauld
Le paternalisme occidental fatigue l’Afrique
Le plus irritant dans cette relation n’est même plus la domination économique. C’est le ton paternaliste. L’Occident agit souvent comme un bienfaiteur autoproclamé qui aimerait l’Afrique plus que les Africains eux-mêmes. Il décide ce qui est bon pour nous, ce que nous devons penser, enseigner, manger, produire ou même croire. Mais quel est donc cet ami qui prétend défendre votre dignité tout en refusant de reconnaître votre droit à la différence ? L’Afrique n’est pas obligée de copier l’Occident pour être moderne. La civilisation ne consiste pas à devenir le reflet d’un autre peuple. Elle consiste à construire son propre équilibre entre tradition, progrès et souveraineté. Nos ancêtres avaient des défauts, certes. Mais ils avaient aussi une conscience aiguë de leur identité. Ils savaient qu’un peuple qui abandonne ses valeurs finit toujours par devenir un marché, jamais une puissance.
Le principe de réciprocité comme éveil politique
Le temps est peut-être venu pour l’Afrique de comprendre une règle simple des relations internationales : il n’existe pas d’amitié éternelle entre États, seulement des intérêts permanents. Lorsque certains pays occidentaux imposent des restrictions humiliantes aux Africains, pourquoi nos États continuent-ils à dérouler le tapis rouge sans contrepartie ? Lorsque nos cultures sont méprisées, pourquoi nos dirigeants se taisent-ils encore ? Lorsque nos économies sont fragilisées par des accords déséquilibrés, pourquoi continuons-nous à applaudir ? Le principe de réciprocité n’est pas de la haine. C’est du respect de soi. Un peuple qui ne se respecte pas finit toujours par devenir le laboratoire idéologique des autres. « Aucun peuple ne peut être libre s’il dépend de la volonté d’un autre. » Kwame Nkrumah.
Retrouver la conscience de nous-mêmes
L’Afrique commettrait une grave erreur en remplaçant une soumission ancienne par une haine aveugle de l’Occident. Ce combat ne doit pas être émotionnel, mais intellectuel et stratégique. Le véritable défi est ailleurs : retrouver la capacité de penser par nous-mêmes, défendre nos intérêts sans complexe et construire des États suffisamment forts pour dialoguer d’égal à égal avec le reste du monde.
Le monde respecte rarement les peuples qui doutent d’eux-mêmes.
L’Afrique ne doit ni mendier l’approbation de l’Occident, ni chercher à lui ressembler absolument. Elle doit simplement redevenir consciente de sa dignité, de sa souveraineté et de son droit à choisir son propre chemin. « Un peuple qui oublie de se définir lui-même finit toujours défini par les autres. »
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que le lien hypertexte est de la rédaction







