Choléra : déjà 166 cas et 10 décès en 2026 dans l’Extrême-Nord
Une analyse des bulletins épidémiologiques publiés entre 2021 et 2025 montre que cette région demeure l’une des plus exposées aux résurgences de la maladie, malgré le recul enregistré au niveau national ces deux dernières années.
Selon le dernier bilan communiqué le 02 juillet 2026 par le ministre de la Santé publique (Minsanté), la région de l’Extrême-Nord enregistre 166 cas notifiés de choléra, dont 109 cas actifs et 10 décès. Ces chiffres interviennent dans un contexte particulier. En 2025, selon le Bulletin épidémiologique du Cameroun de 2025, le pays a enregistré 96 cas suspects sur l’ensemble de l’année, sans aucun décès. Même si les périodes ne sont pas strictement comparables, la situation observée en 2026 dans l’Extrême-Nord apparaît déjà plus élevée que celle de l’année précédente à l’échelle nationale.
Les bulletins épidémiologiques des cinq dernières années montrent que le choléra au Cameroun évolue par cycles. Entre 2022 et 2023, le pays traverse une forte période de transmission. En 2022, 15 123 cas et 303 décès sont enregistrés. L’année suivante, en 2023, la situation s’aggrave avec 21 298 cas et 508 décès, traduisant une large diffusion de la maladie dans plusieurs régions, notamment le Littoral, le Centre et le Sud-Ouest. À partir de 2024, la tendance change nettement. Les données nationales font état d’environ 130 cas suspects et 5 cas confirmés, signe d’un net recul de la circulation bactérienne. En 2025, cette baisse se confirme avec 96 cas suspects, 38 tests rapides positifs, 2 confirmations par culture et aucun décès. Le choléra semble alors sous contrôle au niveau national, même si quelques foyers persistent dans certaines zones du nord.
L’Extrême-Nord, une zone fragile et surveillée
Contrairement aux régions du Littoral ou du Centre, qui ont été les principaux foyers lors des grandes vagues de 2022 et 2023, l’Extrême-Nord n’a pas toujours été au centre de l’épidémie. La région apparaît plutôt comme une zone fragile, où la maladie peut apparaître par moments. Elle reste donc sous surveillance, en raison de conditions locales, notamment les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Au-delà du nombre de cas, un autre indicateur retient l’attention, la létalité. Avec 10 décès pour 166 cas, le taux atteint environ 6 %, un niveau supérieur à celui observé lors des grandes vagues de 2022 et 2023, où il oscillait généralement entre 2 et 3 %.
Pour le Dr Paul Tassé, médecin généraliste, la situation doit être interprétée avec prudence. « Les 166 cas enregistrés à mi-2026 ne traduisent pas une explosion de l’épidémie. En revanche, ils montrent que certaines zones du pays restent vulnérables », explique-t-il. Selon lui, il ne s’agit pas d’une reprise généralisée comparable à celle de 2023. Toutefois, la situation doit être suivie de près, car dans des zones fragiles, une hausse localisée peut évoluer rapidement. Les données de 2026 ne traduisent pas une crise sanitaire nationale. Elles confirment toutefois que le choléra reste présent dans certaines zones du pays. Dans l’Extrême-Nord, le ministre de la Santé publique rappelle que la prise en charge des cas est gratuite et insiste sur l’importance de l’implication des populations dans la riposte. Il souligne notamment que le respect des mesures d’hygiène et de salubrité reste l’une des armes les plus efficaces contre la maladie.
Mélanie Ambombo







