Import-Substitution: 400 millions F Cfa aux PME locales

Le Cameroun cherche à réduire sa dépendance aux importations en renforçant la production et la commercialisation locales. Mais au-delà des capacités de production, l’un des principaux défis reste l’accès au marché. 

En 2025, le déficit commercial du Cameroun s’est creusé de 22,8 %, atteignant 2 145,2 milliards de F Cfa, contre 1 747,3 milliards en 2024, tandis que les importations ont progressé de 4,6 %, selon l’Institut national de la statistique (INS). En plus de la capacité à produire davantage, c’est toute la chaîne qui relie le producteur au consommateur qui pose problème au Cameroun. La FAO relevait encore en mars 2026 qu’une part importante de la production agricole camerounaise n’atteint pas les consommateurs et estimait que les pertes pouvaient atteindre 40 % pour certaines cultures, notamment les fruits, les légumes et les tubercules. Ces pertes sont liées notamment aux difficultés de transport, à l’insuffisance des infrastructures de stockage et de conservation ainsi qu’à la faible transformation locale. 

En réponse à cette situation, le ministère du Commerce et la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-pme), ont signé une convention visant la mise en œuvre du Plan intégré d’import-substitution agro pastoral et halieutique (PIISAH) dans le secteur du commerce, doté d’un budget de 400 millions de F Cfa. 

L’objectif de ce projet est de réduire progressivement la dépendance aux imprtations en stimulant la production locale et en renforçant les chaînes de valeur nationales. « Concrètement, le partenariat doit permettre d’accompagner les opérateurs économiques dans la structuration et la professionnalisation de leurs circuits de distribution. Les secteurs du riz, du maïs, de la farine, de l’huile de palme et du lait figurent parmi les filières concernées », a précisé le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana , lors de la signature de la convention, le 18 août 2026.

Selon Dylan Ndoumi, entrepreneur agricole, il serait utile que de telles conventions soient accompagnées d’informations claires et utiles sur les personnes ou les entreprises pouvant bénéficier de cette dotation, avec des critères bien définis et clairement présentés. Malheureusement, cela n’est pas le cas. « Bien souvent, on entend parler de ces offres, mais on ne parvient pas à en bénéficier à cause du manque d’informations pertinentes et des complications dans le processus d’acquisition », souligne Dylan Ndoumi.


Pour Ketcha Ferdinand, enseignant-chercheur en économie, le montant de 400 millions de F Cfa alloué à cette convention est un geste positif, mais marginal face aux défis. « Il peut aider certains entrepreneurs à structurer la distribution et professionnaliser les circuits, mais il ne résoudra pas les problèmes de fond », souligne Ketcha Ferdinand. Il ajoute que sans une stratégie systémique et des réformes structurelles profondes, cet apport financier va rester insuffisant pour inverser la tendance. Il rappelle que le budget total du PIISAH, couvrant 2024-2026, s’élève à 1 444 milliards de F Cfa, ce qui fait que cette convention ne représente qu’une fraction infime d’environ 0,03 % et de plus, l’évaluation globale de ce projet à mi-parcours est jugée « mitigée ».

Hyacinthe TEINTANGUE

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