Pétrole : autopsie de la SNH au Cameroun

Le Cameroun est un petit producteur de pétrole. Cette ressource est exploitée dans deux bassins sédimentaires situés en partie au-dessus des blocs basculés de la marge atlantique. L’histoire de ces bassins, le bassin de Douala et le bassin du Rio del Rey, est indissociable de l’ouverture de l’Atlantique et, plus généralement, de la tectonique des plaques.

Comment commence l’aventure pétrolière du Cameroun ?

En 1947, un puits produit hors de vue des côtes dans le golfe du Mexique : l’offshore est né. La même année, la prospection commence au Cameroun, 25 ans avant la première découverte commerciale. L’exploration pétrolière au Cameroun a débuté en 1947. Les premières découvertes commerciales ont eu lieu dans le bassin du Rio del Rey en 1972, et la production a officiellement commencé en 1977 avec le champ de Kolé. La production a atteint un pic historique en 1985, avec 186 000 barils par jour, avant de baisser.

Les grandes étapes clés

1947 : début des recherches et des travaux de prospection géologique.

1972 : découverte de gisements commerciaux majeurs dans la région du Rio del Rey.

1977 : début de la production effective du brut grâce au champ Kolé.

1985 : apogée de la production nationale, avec 186 000 barils par jour.

1986 : chute de la production amorcée par le contre-choc pétrolier mondial.

1997 : Ebomè ouvre un second bassin.

1997 :  Ebomè relance la production dans le bassin de Douala/Kribi-Campo. Le Cameroun se diversifie : chaque bassin exige une nouvelle chaîne d’interprétation géologique.

Les bassins sédimentaires du Cameroun

Le Cameroun possède plusieurs bassins sédimentaires, mais la production active de pétrole se concentre principalement dans les bassins côtiers du Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo, tandis que le bassin intérieur de Logone-Birni fait l’objet de travaux d’exploration avancés.

Bassins producteurs

Bassin du Rio del Rey : situé dans la région du Sud-Ouest, près de la frontière nigériane et de Bakassi, c’est le plus important bassin producteur du pays. Il assure la plus grande partie de la production nationale de pétrole brut depuis les premières découvertes majeures des années 1970, avec des champs comme Kolé.

Bassin de Douala/Kribi-Campo : situé le long de la façade maritime des régions du Littoral et du Sud. Plus récent en termes d’exploitation, avec une production lancée sur le champ Ebomè en 1997, il combine des zones terrestres, des eaux peu profondes et des zones d’eau profonde.

Bassins en exploration

Bassin de Logone-Birni : situé dans la partie septentrionale du pays, dans l’Extrême-Nord. D’une superficie d’environ 27 000 km², des activités de recherche et des forages d’exploration s’y poursuivent, notamment avec des partenaires internationaux, pour tenter d’y confirmer des gisements exploitables de pétrole léger.

 Autres bassins sédimentaires : le Cameroun compte aussi d’autres bassins intérieurs, comme les bassins de Mamfé et de Garoua, ainsi que la zone de transition de la presqu’île de Bakassi, qui présentent un intérêt géologique pour l’avenir de la recherche pétrolière.

Les principaux champs pétroliers et gaziers en production au Cameroun

Au Cameroun, la production d’hydrocarbures repose principalement sur deux bassins sédimentaires : le Rio del Rey, le plus important pour le pétrole, et Douala/Kribi-Campo. Les principaux gisements en activité sont exploités en association avec des opérateurs comme Perenco et la Société nationale des hydrocarbures (SNH).

Les principaux champs pétroliers

Kolé : situé dans le bassin du Rio del Rey, c’est le champ historique mis en production en 1977.

Moudi : champ offshore important exploité dans le bassin du Rio del Rey.

Ebomè : situé dans le bassin Douala/Kribi-Campo, en production depuis 1997.

Mvia : mis en production en 2009, marquant le statut d’opérateur à part entière de la SNH, qui finit par un échec.

Champs classiques et marginaux du Rio del Rey : un ensemble de gisements matures, comme Dissoni Nord, qui constituent le cœur de la production de pétrole brut du pays.

Les principaux champs gaziers

Sanaga Sud : situé au large de Kribi, son gaz alimente la centrale thermique locale et servait de source principale pour la production de gaz naturel liquéfié (GNL).

Ebomè (zone gazière) : contribue également à l’approvisionnement en gaz de la région de Kribi.

Logbaba : champ gazier terrestre situé dans la périphérie de Douala, exploité pour alimenter les industries locales en gaz naturel.

 La SNH, bras séculier de l’État dans le secteur pétrolier

La Société nationale des hydrocarbures (SNH) est la compagnie pétrolière nationale du Cameroun, chargée de gérer les intérêts de l’État dans le secteur pétrolier et gazier. Fondée le 12 mars 1980, elle a connu, depuis sa création, trois directeurs généraux :

Samuel Libock Mbei : 1980-1983 (3 ans) ;

Jean Assoumou Mve : 1984-1992 (8 ans) ;

Adolphe Moudiki : 1993 à nos jours (33 ans déjà).

Missions principales

Gestion étatique : gérer les intérêts de l’État dans les projets pétroliers et gaziers.

Promotion et suivi : assurer la promotion, le développement et le contrôle des activités sur le territoire national.

Commercialisation : vendre sur le marché international la part de la production nationale qui revient à l’État.

Opérations financières et commerciales : mener des actions commerciales et financières en lien avec les hydrocarbures.

Rôles clés

Partenaire et opérateur : travailler avec des compagnies internationales et agir comme opérateur sur certains sites, comme le champ Mvia.

Contrôle réglementaire : veiller au respect des lois et à la maîtrise des coûts de production.

Portefeuille d’actifs : participer au capital de sociétés liées au secteur des hydrocarbures et du stockage, comme la SCDP et la SONARA.

Les contrats de partage de production

Un contrat de partage de production (CPP ou PSA) est un accord entre un État et une compagnie pétrolière. L’État garde la propriété des ressources. La compagnie paie les travaux et prend les risques. Si du pétrole est découvert, la production sert d’abord à rembourser la compagnie, puis le reste est partagé.

Fonctionnement du partage

Propriété de l’État : l’État reste le seul propriétaire du sol, du sous-sol et des hydrocarbures découverts.

Risque de l’entreprise : la société ou le groupe privé avance tous les frais et prend les risques financiers liés à la recherche et aux travaux. Si rien n’est trouvé, elle perd son argent.

Remboursement (Cost Oil) : en cas de découverte, une partie du pétrole extrait sert d’abord à rembourser les dépenses de l’entreprise.

Partage du bénéfice (Profit Oil) : le reste de la production est partagé entre l’État et la compagnie selon les pourcentages fixés dans le contrat.

Rôle et contrôle de l’État

Contrôle des coûts : l’État vérifie et valide les budgets et les dépenses des travaux pour éviter les abus.

Gestion conjointe : un comité technique ou de gestion surveille les opérations.

Pouvoir de décision : l’État garde un droit de regard sur le rythme et les choix de production.

Dans un contrat de partage de production (CPP) géré par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) au Cameroun, l’État reste propriétaire des ressources. Les termes clés définissent la répartition de la production et le rôle des partenaires.

Répartition de la production

Cost Oil / Cost Gas : part de la production attribuée à la compagnie pétrolière pour rembourser ses frais d’exploration et d’exploitation.

Profit Oil / Profit Gas : reste de la production partagé entre l’État et la société après le remboursement des coûts.

Redevance (Royalty) : prélèvement opéré au profit de l’État sur la production brute avant tout partage.

Au Cameroun, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) gère les contrats de partage de production (CPP) conclus par l’État du Cameroun avec des compagnies pétrolières internationales. Les principaux contrats signés depuis l’adoption du Code pétrolier de 1999 se répartissent chronologiquement comme suit :

2005 : Total E&P Cameroun (bloc Dissoni).

2006 : Total E&P Cameroun (bloc Bomana) et Perenco Cameroun (bloc Sanaga-Sud).

2012 : Kosmos Energy (bloc Fako).

2013 : Perenco Cameroun (bloc Moabi).

2015 : Tower Resources (bloc Thali).

2023 : conversion des anciennes concessions de Perenco (Rio del Rey et Lokele) en CPP.

2026 : Octavia Energy Corporation Limited (bloc Bolongo Exploration).

Que reçoit le Cameroun à travers les CPP ?

En 2025, les recettes pétrolières nettes reversées au Trésor public par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun se sont élevées à 364,58 milliards de FCFA, en baisse de 29,38 % par rapport aux 516,29 milliards de FCFA enregistrés en 2024.

Fonctionnement des transferts de revenus

Rôle de la SNH : l’entreprise publique commercialise sur le marché international la part de la production nationale d’hydrocarbures qui revient à l’État.

Calcul des reversements : les montants transférés au budget de l’État correspondent aux recettes des ventes de pétrole brut et de gaz après déduction des charges et des coûts opérationnels.

Autres contributions : en plus des transferts nets liés aux ventes d’hydrocarbures, la SNH verse régulièrement à l’État des dividendes, l’impôt sur les sociétés (IS), ainsi que divers autres droits, taxes et redevances fiscales.

 Facteurs d’évolution

 Baisse de la production : la contraction des recettes constatée en 2025 s’explique principalement par le déclin naturel de la production nationale de pétrole brut dans les principaux bassins matures.

Impact budgétaire : ces transferts constituent l’une des rubriques majeures des recettes non fiscales et budgétaires internes inscrites dans la loi de finances de l’État pour financer le budget public.

Quel est le budget de la SNH ?

La Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun ne publie pas globalement le chiffre total exact de son budget annuel de fonctionnement dans ses communications grand public. L’entreprise gère ses activités et investissements à partir des ressources générées par la vente de la part d’hydrocarbures de l’État et reverse le surplus net au Trésor public.

Une gestion opaque des revenus issus du pétrole

Plutôt que de communiquer sur un budget interne unifié, la SNH met en avant sa contribution directe au budget de l’État à travers ses transferts financiers. Il est clair que le budget de fonctionnement de la SNH est extrêmement conséquent, au point où ce qu’elle déclare reverser à l’État semble être ridicule. La bonne gouvernance exige qu’elle déclare aussi son budget interne consolidé. Le Cameroun doit savoir combien lui coûte la machine SNH annuellement. Elle ne doit pas seulement nous dire ce qu’elle reverse à l’État après avoir vendu notre pétrole et notre gaz, mais aussi ce qu’elle dépense pour le fonctionnement de la SNH : salaires, bonus, frais de mission, etc.

Le Cameroun détient des réserves prouvées de pétrole qui inquiètent de plus en plus

Le Cameroun détient 200 000 000 de barils de réserves prouvées de pétrole en 2025, se classant au 56e rang mondial et représentant environ 0,011 % des réserves mondiales totales de pétrole, estimées à 1 765 151 568 000 barils. Le Cameroun possède des réserves prouvées équivalentes à 14 fois sa consommation annuelle, sur la base des données de 2024. Cela signifie que, sans exportations nettes, il y aurait environ 14 années de pétrole restantes, aux niveaux de consommation de 2024 et en excluant les réserves non prouvées.

Production de pétrole au Cameroun en 2024

Le Cameroun produit 61 848 barils par jour de pétrole, se classant au 57e rang mondial. Aux niveaux de production de 2024, le Cameroun produit chaque année environ 11,29 % de ses réserves prouvées de 2025.

Et chez nos voisins, quelle est la situation ?

Gabon

Le Gabon détient 2 000 000 000 de barils de réserves prouvées de pétrole en 2025, se classant au 35e rang mondial et représentant environ 0,11 % des réserves mondiales totales de pétrole. Il dispose de réserves prouvées équivalentes à 377,6 fois sa consommation annuelle, sur la base des données de 2024. Cela signifie que, sans exportations nettes, il resterait environ 378 années de pétrole, aux niveaux de consommation de 2024 et hors réserves non prouvées.

 Production de pétrole au Gabon en 2024

Le Gabon produit 214 713 barils par jour de pétrole, se classant au 35e rang mondial. Aux niveaux de production de 2024, le Gabon produit chaque année environ 3,92 % de ses réserves prouvées de 2025.

Tchad

Le Tchad détient 1 500 000 000 de barils de réserves de pétrole prouvées en 2025, se classant au 38e rang mondial et représentant environ 0,085 % des réserves mondiales totales de pétrole. Le Tchad possède des réserves prouvées équivalentes à 309,4 fois sa consommation annuelle, sur la base des données de 2024. Cela signifie que, sans exportations nettes, il y aurait environ 309 années de pétrole restantes, aux niveaux de consommation de 2024 et en excluant les réserves non prouvées.

Production de pétrole au Tchad en 2024

Le Tchad produit 127 254 barils par jour de pétrole, se classant au 40e rang mondial. Aux niveaux de production de 2024, le Tchad produit chaque année environ 3,1 % de ses réserves prouvées de 2025. Au regard de ce qui se passe chez nos voisins, les réserves et la production de pétrole brut du Cameroun sont extrêmement faibles.

Les principales compagnies nationales pétrolières par pays et leur succès

 Algérie : Sonatrach.

Nigeria : NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation).

Angola : Sonangol.

Cameroun : SNH (Société nationale des hydrocarbures).

Congo : SNPC (Société nationale des pétroles du Congo).

Tchad : SHT (Société des hydrocarbures du Tchad).

Côte d’Ivoire : Petroci.

Sénégal : Petrosen.

Le secteur pétrolier et gazier gabonais connaît un tournant marquant, caractérisé par le retour en force des supermajors internationales, l’affirmation de la compagnie nationale et le dynamisme d’indépendants actifs dans l’offshore.

Acteurs clés et nouvelles dynamiques

Le retour des supermajors (ExxonMobil et BP) : après des années de désengagement partiel, les géants américain et britannique reviennent sur les blocs en eaux profondes et ultra-profondes à travers des protocoles d’accord et de nouveaux contrats de partage de production négociés avec le ministère des Hydrocarbures. La montée en puissance de la Gabon Oil Company (GOC) : l’entreprise publique s’est transformée en un acteur amont incontournable du pays, dopée par d’importantes acquisitions d’actifs, notamment les portefeuilles de Tullow Oil et d’Assala Energy, pour sécuriser la production nationale.

L’expansion des juniors et indépendants (Panoro Energy et BW Energy) : Panoro Energy multiplie les campagnes de forage et d’exploration, notamment sur le permis Dussafu Marin, tandis que BW Energy développe de nouveaux blocs d’exploration, Niosi Marin et Guduma Marin, grâce à des modèles de production rapide.

La Sonangol, société nationale des carburants d’Angola, exploite directement ou en partenariat plusieurs blocs et champs pétroliers. Elle est notamment l’opérateur principal du bloc 3/05, qui comprend les champs de Cobo, Pacassa et Palanca, et détient des participations majeures dans d’autres gisements importants en Angola.

Le secteur pétrolier au Congo-Brazzaville est dominé par la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), compagnie publique nationale, aux côtés de majors internationales comme TotalEnergies, Eni Congo et Perenco, qui assurent l’essentiel de l’exploration et de la production d’hydrocarbures dans le pays.

La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) exploite principalement le grand champ terrestre de M’Boundi, dont elle détient le contrôle total, ainsi que le projet Mengo-Kundji-Bindi (MKB). Elle participe aussi à d’autres coentreprises et permis, comme Tilapia, ou aux côtés de partenaires internationaux sur divers gisements du bassin congolais.

Le Tchad dispose de deux principales structures publiques dans le secteur des hydrocarbures : la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), créée en 2006 pour gérer les participations de l’État, et la Tchad Petroleum Company (TPC), fondée en 2023 pour opérer directement les actifs nationalisés d’Esso Tchad. La compagnie nationale d’exploitation pétrolière du Tchad, la Tchad Petroleum Company (TPC), exploite les champs pétrolifères du bassin de Doba, notamment les gisements de Komé et Miandoum, ainsi que les infrastructures associées jusqu’à l’exportation, après la nationalisation des actifs d’ExxonMobil.

Et au Cameroun ?

La Société nationale des hydrocarbures (SNH) n’exploite pas directement les champs pétroliers seule. Elle gère les participations et les intérêts de l’État dans le secteur pétrolier et gazier en s’associant avec des compagnies internationales dans le cadre de contrats d’association ou de partage de production. Elle promeut l’exploration, suit la production, commercialise la part de pétrole de l’État et gère le transport du gaz naturel.  Elle est l’actionnaire majoritaire de Tradex, une compagnie de négoce et de distribution de produits pétroliers qu’elle a fondée en 1999.

La SNH visiblement a abandonné l’amont pétrolier. En principe, c’est une activité trop compliquée pour l’actuel top management. Ils ont trouvé facile et juteux de faire du « Bayam-Sellam » à travers Tradex, de gérer les participations de l’État dans les JV, de commercialiser notre quote-part du pétrole avec des décotes aux allures de détournement, en lieu et place de se concentrer sur l’amont pétrolier pour ainsi s’assurer que nos réserves ne tarissent pas.

Il devient donc urgent de restructurer la SNH et de créer Cameroon Oil Transportation Company, qui s’occupera exclusivement de l’amont pétrolier : exploration, recherche et production. Il est hors de question qu’une société nationale minière créée il y a 46 ans ne soit pas à mesure de reprendre et de remettre en exploitation des champs marginaux. C’est le minimum. Le Gabon, le Tchad, l’Angola et le Congo le font très bien. Leurs compagnies nationales pétrolières produisent du pétrole au même rang que les autres.

Pourquoi notre secteur pétrolier n’attire-t-il pas grand monde, notamment les majors ?

Le Cameroun avait lancé en 2018 un appel à manifestation d’intérêt international sur neuf blocs pétroliers, qui a été annulé plus tard faute de candidatures. Le même appel d’offres a été relancé en octobre 2025 pour accoucher d’une souris : sur les neuf blocs ouverts, juste cinq ont trouvé preneurs et, de surcroît, quatre blocs sur les cinq ont été attribués à une même compagnie, l’américaine Murphy. Le cinquième bloc a été attribué à un junior, Octavia Energy. C’est un échec cuisant pour le Cameroun et la SNH, une preuve tangible que le secteur pétrolier camerounais n’attire plus, ne convainc plus. Une preuve que la SNH, devenue une boîte familiale, a cessé de servir les intérêts de la patrie au profit des intérêts d’un réseau très restreint qui s’est accaparé de toutes les ressources naturelles du Cameroun : mines, pétrole, bois, etc.

Que fait la SNH dans la promotion du contenu local dans le secteur pétrolier ?

C’est quoi, le contenu local ?

Le contenu local, ou local content, désigne l’ensemble des mesures, règles et pratiques visant à faire participer les entreprises, la main-d’œuvre et les ressources d’un pays ou d’une région aux activités des grandes industries ou des entreprises multinationales qui y sont implantées. Il est très présent dans les secteurs minier, pétrolier et gazier, où les États exigent des quotas de sous-traitance et d’embauche locale. La SNH, qui est l’œil de l’État dans tous les partenariats, devrait s’assurer que les opérateurs respectent scrupuleusement les cahiers des charges, surtout, entre autres, en ce qui concerne le contenu local.

Il est inadmissible que la SNH ferme les yeux sur des manquements des opérateurs qui internalisent des tâches qui devraient être réalisées par des structures locales. En laissant les opérateurs réaliser ces tâches, c’est le Cameroun qui perd de bout en bout : des surfacturations de la part des opérateurs qui jouent sur le « Cost Oil » et, bien évidemment, sur le « Profit Oil ». Pourquoi la SNH n’encourage-t-elle pas et ne soutient-elle pas les sociétés de services pétroliers locales détenues par nos compatriotes, qui emploient exclusivement la main-d’œuvre locale, à obtenir ces tâches qui sont internalisées par les opérateurs de nos champs pétroliers, comme c’est le cas au Gabon, au Tchad, au Congo, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Sénégal ?

Qui ne veut pas que les sociétés de services camerounaises s’impliquent davantage dans les activités pétrolières de la nation ?

Constats, perspectives et propositions

Le Cameroun, progressivement, perd sa place de petit producteur de pétrole brut pour devenir un pays non producteur. Toute la faute revient à la SNH et à son amateurisme dans la gestion du secteur minier de notre pays, car, au lieu de concentrer davantage d’efforts dans l’amont pétrolier, elle a, pour des raisons inconnues, orienté toute sa stratégie dans l’aval pétrolier, plus précisément dans le trading, le stockage et la transformation du pétrole brut. Si rien n’est fait d’ici huit ans, le Cameroun ne produira plus de pétrole brut. Nous serons dépendants entièrement de l’approvisionnement en pétrole brut de l’étranger pour faire tourner les deux raffineries en cours de construction et de réhabilitation. Peut-être est-ce sur cette voie que la SNH prépare le Cameroun ? Stratégie du « Bayam-Sellam » : moins de casse-têtes, plus de rétrocommissions pour le cartel ?

Il est temps d’engager des réformes profondes afin d’éviter le pire :

La refonte totale de la SNH et lui attribuer uniquement les rôles de gestion des partenariats et de vente de notre quote-part du pétrole brut. La création de la Cameroon Oil Transportation Company, chargée de s’occuper de l’amont pétrolier et des champs marginaux.

La création du ministère du Pétrole

L’adoption d’un nouveau Code pétrolier qui fera du Cameroun une destination pétrolière

L’audit de tous les partenariats et CPP signés par la SNH

Le renforcement des capacités de production de la SONARA

Le renforcement des capacités de stockage de la SCDP

Le choix des meilleures compétences et des meilleurs profils parmi les fils et filles du pays pour conduire les destinées des nouvelles structures ainsi créées.

Une chronique du Dr Bareja Youmssi

Expert en mines et pétrole ; enseignant-chercheur

N.B:  texte de l’auteur et liens hypertextes ajoutés par la rédaction

 

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