Façade de l’Est : la fermeture des cantines vide les classes des réfugiés

Dans cette partie du Cameroun qui regroupe les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord les réfugiés pointent la famine et la pauvreté pour expliquer la déscolarisation croissante des enfants.

À Bazzama, Garga-Sarali, Gado-Badzéré et Garoua-Boulaï, dans le département du Lom-et-Djerem, comme à Ngarissingo, Lolo et Mbilé, dans le département de la Kadey (région de l’Est), le constat est identique au sein des communautés réfugiées : « sans repas scolaire, pas d’école », résume un habitant. À Gado-Badzéré, David Phansa, adjoint au chef du village, décrit une situation devenue préoccupante. « Le village fait actuellement face à la faim. Les réfugiés n’ont plus la ration alimentaire qu’ils recevaient à leur arrivée. La production agricole a également baissé, à cause des changements climatiques et de la destruction des champs par les bœufs », explique-t-il lors de la campagne Back to School, organisée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) HCR le 1er septembre 2026. Un constat que partage Mohamadou Sirazou, président du comité de vigilance du site des réfugiés de Lolo, qui compte environ 12 000 réfugiés, dont plus de 1 000 enfants en âge scolaire : « Ces enfants rencontrent plusieurs difficultés liées à leur scolarisation, parmi lesquelles la pauvreté des parents et le manque de nourriture, car les réfugiés n’ont pas accès à la terre et ne reçoivent plus de ration alimentaire. », indique-t-il.

Jusqu’en 2019, dans les sept sites de réfugiés de l’Est (Gado-Badzéré, Lolo, Mborguéné, Ngam, Timangolo, Ngarissingo, Borgop), le Programme alimentaire mondial (PAM) faisait fonctionner 22 cantines scolaires. Chaque jour, un bol de bouillie enrichie et un plat de riz-haricot y étaient distribués, avec pour résultat un taux de scolarisation de 89 % au primaire. Mais en 2024, le PAM a suspendu la distribution de denrées alimentaires dans les camps de réfugiés, invoquant officiellement un manque de financements lié à la crise ukrainienne et à la coupe de l’aide américaine.

Des chiffres qui font peur

Selon les données recueillies auprès des directeurs d’écoles de Gado 1 et 2, 6 200 enfants réfugiés étaient inscrits au primaire en 2021, quand les cantines fonctionnaient encore. En 2026, sans cantines, ils ne sont plus que 3 800, soit une chute de 38 %. Au secondaire, la situation est pire : le Collège d’enseignement secondaire (CES) de Garoua-Boulaï comptait 450 élèves réfugiés en 2022, contre seulement 180 en 2026.

Les données du HCR, font état de ce que l’accès à l’éducation des enfants réfugiés demeure un défi majeur. Pourtant, les statistiques scolaires 2024/2025 révèlent que le nombre d’enfants réfugiés en âge d’être scolarisés reste élève dans la façade Est. Soit 17 926 réfugiés en âge préscolaire, 53 088 en âge primaire et 51 737 en âge secondaire. Malgré cette demande, le recensement scolaire 2024/2025 indique que seuls 568 enfants réfugiés sont scolarisés au préscolaire, soit un taux brut de 3,2 %. Au primaire, 26 897 élèves réfugiés sont scolarisés, pour un taux brut de 50,7 %. Au secondaire, seuls 917 élèves réfugiés sont inscrits, pour un taux brut de 1,8 % seulement.

Face à ces défis, la campagne « Back to School » 2026-2027, organisée par le HCR, mise sur une mobilisation communautaire, institutionnelle et opérationnelle en faveur de l’inscription, de la réinscription, du maintien et de la transition scolaire des enfants réfugiés en cohérence avec le droit à l’éducation reconnu par la loi camerounaise sur le statut des réfugiés et les engagements nationaux en matière d’éducation inclusive.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

 

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