Déportés des États-Unis : le Mandela Center s’inquiète de leur détention au Cameroun
Transférés au Cameroun entre janvier et mai 2026 dans le cadre d’un accord migratoire avec les États-Unis, 36 ressortissants de neuf pays africains seraient toujours détenus à Yaoundé. Le Mandela Center International, qui dénonce leur situation, donne au gouvernement camerounais jusqu’au 7 octobre pour répondre à ses exigences.
Depuis janvier 2026, 36 personnes originaires de neuf pays africains sont arrivées au Cameroun à bord de quatre vols en provenance des États-Unis, dans le cadre d’un accord entre Washington et Yaoundé. Le Cameroun fait ainsi partie d’environ 35 pays, dont au moins 12 en Afrique, ayant conclu des accords secrets avec les États-Unis pour accueillir des personnes expulsées. Il est question d’accueillir des migrants rejetés par la juridiction américaine. Présenté comme une coopération contre les gangs et l’immigration irrégulière, l’opération suscite des interrogations au Cameroun.
Dans un communiqué publié le 7 septembre 2026, Mandela Center International (MCI) dénonce « le silence complice » des autorités camerounaises et interpelle l’Union africaine sur le sort de ces demandeurs d’asile transférés vers un pays tiers. Selon Jean-Claude Fogno, secrétaire exécutif permanent du MCI, les 36 personnes sont détenues dans un centre situé à Elig-Essono, à Yaoundé. Elles sont originaires d’Angola, d’Éthiopie, du Ghana, du Kenya, du Maroc, de la RDC, du Sénégal, de la Sierra Leone et du Zimbabwe, et sont arrivées en quatre vagues, les 15 janvier, 16 février, 29 avril et 27 mai 2026. Selon des rapports du Sénat américain et des enquêtes de Forbidden Stories, RFI et France 24, certains pays bénéficieraient en contrepartie de financements directs pouvant atteindre plusieurs millions de dollars.
Le gouvernement mis en demeure
Le MCI évoque également l’absence de documents d’identité et de statut juridique clair, ainsi que les restrictions de mouvement et les difficultés d’accès aux détenus pour leurs avocats. L’organisation affirme que cinq personnes auraient été renvoyées vers leurs pays d’origine sous pression. Face à cette volonté de « refoulement », Le MCI affirme avoir saisi, depuis le 21 avril 2026, plusieurs autorités camerounaises, le HCR et l’OIM, sans réponse ni mesure concrète.
Dans sa note, le MCI met le gouvernement camerounais en demeure de répondre avant le 7 octobre 2026, notamment sur la publication de l’accord du 8 décembre 2025, l’accès au centre d’Elig-Essono et la régularisation du statut des 36 personnes. À défaut, l’organisation menace de saisir plusieurs mécanismes de l’ONU, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que la CEEAC.
À l’échelle internationale, Human Rights First et Refugees International, via leur projet Third Country Deportation Watch, estiment que plus de 23 000 personnes ont été transférées de force par les États-Unis vers 26 pays tiers entre le 20 janvier 2025 et le 15 août 2026, dont plus de 330 vers des pays africains.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







