Violences basées sur le genre : 4 883 cas signalés en six mois au Cameroun

Entre janvier et juin 2026, 4 883 cas de violences basées sur le genre ont été signalés et enregistrés, selon les données du ministère de la Promotion de la femme et de la famille. Ces chiffres donnent un aperçu d’un phénomène dont l’ampleur reste difficile à mesurer en raison de la sous-déclaration.

Les délégations régionales du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) ont enregistré 4 883 cas de violences basées sur le genre (VBG) au premier semestre 2026. L’Extrême-Nord arrive en tête avec 1 828 cas, soit 37,4 % du total, devant le Sud-Ouest (960) et le Nord-Ouest (451).

Pour Paulette Yomsi, membre de la société civile, la situation dans l’Extrême-Nord s’explique notamment par « les vulnérabilités liées à la pauvreté, aux déplacements de populations, aux crises sécuritaires et à l’accès limité aux services sociaux et judiciaires ». Dans les zones affectées par les violences armées, ajoute-t-elle, les femmes et les filles sont notamment exposées aux violences sexuelles, aux mariages forcés, aux enlèvements et aux violences domestiques. Biby Meghuiope, sociologue et responsable régionale Ouest de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), évoque également les mariages précoces et forcés, les effets de la crise anglophone au Sud-Ouest et les dynamiques propres aux villes cosmopolites. À l’Ouest, elle relève notamment la question des abus successoraux.


Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’ampleur réelle des VBG. Pour Lydie Biby Meghuiope, la peur des représailles, la pression familiale, la stigmatisation, l’éloignement des services ou la méfiance envers la justice conduisent de nombreuses victimes à ne pas signaler les faits. Le nombre relativement faible de cas enregistrés dans l’Ouest doit donc être interprété avec prudence. Les écarts entre régions peuvent aussi s’expliquer par la disponibilité des mécanismes de signalement. « Les chiffres peuvent aussi refléter plutôt une meilleure disponibilité des mécanismes de signalement à travers les services d’écoute ou des organisations de la société civile et des structures déconcentrées de l’État », souligne Paulette Yomsi. Selon l’UNFPA, les VBG incluent notamment les violences sexuelles et physiques, les mariages forcés ou précoces, les privations de ressources et les violences psychologiques. En 2024, le MINPROFF avait recensé 6 626 cas au Cameroun, dont 1 893 agressions physiques et 1 460 cas de privation de ressources.

A lire aussi :  Pont de Palar : la reconstruction toujours en attente six ans plus tard

Briser le silence, renforcer la réponse judiciaire

Pour Lydie Biby Meghuiope, la lutte contre les VBG passe par la dénonciation, mais aussi par une meilleure protection des victimes et la sanction des auteurs. « Le silence protège le bourreau et la parole peut sauver la victime », insiste-t-elle. Me Pèlerine Flaure Tchatat Ngassa, présidente d’Avocats sans frontières humanitaires du Cameroun, appelle également à renforcer la réponse judiciaire. Elle plaide notamment pour une pénalisation spécifique du féminicide et des sanctions proportionnées à la gravité des faits.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.