Anciennes pièces : la monnaie refusée avant l’heure à Garoua

Dans la capitale régionale du Nord, des commerçants et des conducteurs de motos-taxis refusent déjà les pièces des anciennes gammes, convaincus qu’elles ne sont plus valables. Pourtant, leur retrait officiel ne doit commencer que le 1er novembre 2026.

Il est à peine 7 heures, ce dimanche, au quartier Bibémiré, dans l’arrondissement de Garoua 2e. Devant le comptoir de Mama Dougou, une cliente tend une pièce de 500 FCFA pour acheter des beignets. La vendeuse refuse de la prendre. « Je ne peux pas prendre cet argent parce que mes propres fournisseurs de farine au marché n’en veulent plus », explique-t-elle. Comme Mama Dougou, certains commerçants préfèrent refuser les pièces des anciennes gammes mises en circulation entre 1958 et 1985, de peur de se retrouver avec de l’argent qu’ils ne pourront plus utiliser. La mesure annoncée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) prévoit pourtant leur retrait à compter du 1er novembre 2026.

Au Grand Marché de Garoua comme au petit marché de Yelwa, cette méfiance perturbe les échanges. Vendeurs et acheteurs doivent composer avec le refus de pièces que certains considèrent déjà comme inutilisables. « C’est la bagarre tous les matins », s’insurge Bénédicte Assoura, vendeuse de piments et d’oignons.  Pour ces petits commerçants, accepter une pièce refusée ailleurs, c’est risquer de ne pas pouvoir l’utiliser pour renouveler leur stock. Chacun cherche donc à se protéger, quitte à reporter le problème sur le client suivant.

La méfiance gagne également les transports urbains, où les pièces servent régulièrement à régler les courses. Les conducteurs de motos-taxis, déjà confrontés au manque de petite monnaie, prennent eux aussi leurs précautions. « Pour éviter les palabres à la fin du trajet, je demande systématiquement au client s’il a les pièces des années 2000 avant qu’il ne monte », explique Hamadou. Sur l’axe Garoua-Pitoa, Bello partage cette inquiétude. Pour lui, se rendre dans une banque ou à la BEAC pour échanger des pièces représente une contrainte supplémentaire pour les conducteurs. « On nous dit d’aller changer à la banque ou à la BEAC. Mais est-ce qu’un chauffeur ou un conducteur de mototaxi man a le temps d’aller faire la queue pendant des heures pour un sachet de pièces de 50 FCFA ? Tout le monde bloque les anciennes pièces dès maintenant, c’est plus simple », déplore-t-il.

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Pourtant, selon le calendrier annoncé par la BEAC, les pièces concernées pourront être échangées du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027 auprès des banques, des établissements de microfinance et des guichets de la Banque centrale. Du 1er août au 31 octobre 2027, l’échange sera réservé aux guichets de la BEAC. À compter du 1er novembre 2027, il ne sera plus possible de les échanger. À Garoua, le problème se pose donc avant même le début officiel de l’opération alors que les détenteurs disposent encore de quelques jours pour utiliser légalement ces pièces.

Fadimatou Boubakary

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