KAMERUN : QUAND LES INFLUENCEURS SE TIRENT DESSUS, QUI PENSE AU PAYS ?

Des images d’enfants apprenant sous un arbre, des sites touristiques à promouvoir, des salles de classe construites et des millions de FCFA à collecter sont au cœur d’une controverse impliquant notamment Valsero, Steve Fah et le pasteur Makosso. Les faits rapportés publiquement semblent mêler initiatives citoyennes, accusations réciproques et prises de position personnelles. Il convient donc de distinguer ce qui est documenté, ce qui relève d’allégations et ce qui appartient au commentaire. Une question demeure : quelles actions produisent des résultats vérifiables pour les Kamerunais ?

DE L’ARBRE À L’ÉCOLE AUX SITES TOURISTIQUES : DEUX PRIORITÉS POSSIBLES

Les images diffusées sur Internet par un enseignant du CETIC de Nkolkossé. On y voit des élèves suivre leurs cours sous des arbres, tandis que les deux seules salles construites par l’État ont été compartimentées à l’aide de contreplaqué pour accueillir plusieurs niveaux. Ces images ont relancé le débat sur les conditions d’apprentissage et sur l’état de certaines infrastructures scolaires. La dénonciation de telles difficultés relève d’un enjeu d’intérêt public, à condition que les images soient authentifiées et que les informations qui les accompagnent soient exactes. Montrer une situation préoccupante peut contribuer au débat, mais ne dispense pas de vérifier les faits ni de préciser les responsabilités. Parallèlement, sur le plateau de Times TV, l’influenceur Steve Fah a qualifié d’« insurrection » l’initiative du général Valsero visant à construire cinq salles de classe au CETIC de Kolkosse, initiative qui s’inscrit dans la continuité d’une démarche déjà menée au lycée de Manchoupit, à Foumban. Steve Fah, avec le pasteur Makosso, a mis en avant des sites touristiques, selon les contenus diffusés autour de cette initiative. La promotion du patrimoine naturel et culturel du pays constitue, en elle-même, une démarche légitime. Son impact réel dépend toutefois des objectifs annoncés, des moyens mobilisés et des résultats obtenus.

Ces deux priorités ne sont pas nécessairement incompatibles. Le Kamerun peut valoriser ses richesses tout en reconnaissant les insuffisances de ses services publics. La question n’est donc pas de choisir entre une image positive et une image critique, mais de vérifier les faits et d’évaluer les actions.

DES ARGUMENTS AUX INJURES : DES PROPOS À ÉTABLIR

Des accusations relayées dans le cadre de cette confrontation affirment que Valsero aurait tenu des propos visant l’orientation sexuelle de Steve Fah. D’autres contenus lui attribuent, ainsi qu’au pasteur Makosso, des accusations liées à la consommation de cannabis et des insultes visant sa mère dans un langage vulgaire. Ces éléments doivent être replacés dans leur contexte. De tels propos constituent des attaques personnelles sans rapport direct avec la question des infrastructures scolaires, du tourisme ou de la gestion des collectes. Une critique peut porter sur une méthode, un financement ou un bilan ; elle ne devrait pas reposer sur des insinuations concernant la vie privée, l’orientation sexuelle ou la famille d’un adversaire.

Steve Fah a affirmé que, s’il était membre du gouvernement ou président de la République, il ferait arrêter tous ceux qui participent au projet du Bloc populaire. En tout état de cause, une contribution à une initiative citoyenne ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une infraction. Toute procédure devrait reposer sur des faits précis et être examinée par les autorités compétentes, dans le respect du droit. La justice ne devrait pas être invoquée comme un moyen de régler une rivalité médiatique. Mais il serait tout aussi imprudent d’affirmer qu’une infraction a été commise sans éléments vérifiables.

VINGT-CINQ MILLIONS CONTRE DES SALLES DE CLASSE : QUE SAIT-ON ?

Plusieurs initiatives de collecte sont évoquées. Le Bloc populaire de Valsero sollicite des contributions et procède entre autres à la construction des salles de classe Steve Fah a, de son côté, annoncé une collecte de 25 millions de FCFA destinée à être remise au pasteur Makosso. Les montants effectivement réunis, les bénéficiaires, les comptes utilisés et l’état d’avancement des projets doivent être documentés avant toute conclusion. Ces collectes peuvent poursuivre des objectifs différents. Leur légitimité et leur efficacité ne peuvent toutefois être appréciées qu’à partir d’informations précises : identité des responsables, cadre juridique, objectifs détaillés, budget, mécanismes de contrôle, justificatifs et résultats. Les contributeurs sont fondés à demander des comptes, quelle que soit la notoriété des organisateurs.

Une annonce publique ne vaut pas preuve de réalisation, pas plus qu’un soupçon de détournement ne vaut preuve de fraude. Les deux affirmations exigent des éléments vérifiables. Si des personnes soupçonnent des irrégularités, elles devraient produire des documents, des témoignages identifiables ou des données contrôlables, plutôt que de transformer une hypothèse en accusation. La transparence doit s’appliquer à toutes les initiatives, sans distinction de camp.

LE PEUPLE NE DOIT ÊTRE LE PUBLIC DE PERSONNE

Le débat dépasse les personnes concernées. Il pose la question de la manière dont les citoyens évaluent les campagnes numériques et les appels à contribution. Les images, les déclarations et les mobilisations en ligne peuvent sensibiliser l’opinion, mais elles ne remplacent ni la vérification des faits ni l’évaluation des résultats. Montrer une école en mauvais état ne signifie pas nécessairement être hostile à la patrie. Promouvoir le tourisme ne signifie pas nécessairement nier les difficultés sociales. D’où vient-il que de ces opérations, naisse une telle animosité Demander des explications sur une collecte ne constitue pas automatiquement une attaque contre ses organisateurs. Mais appeler à la mise aux arrêts des contributeurs appelle aux questionnements.

Les méthodes de Valsero, de Steve Fah et du pasteur Makosso peuvent être discutées, mais les jugements devraient distinguer les faits établis, les accusations rapportées et les opinions. Aucun acteur ne devrait être présenté comme détenant à lui seul le monopole du patriotisme ou de la vérité.

LA LEÇON : NE CONFONDEZ PAS LE BRUIT AVEC LE PROGRÈS

Les citoyens Kamerunais ont intérêt à conserver leur esprit critique. Ils peuvent reconnaître la valeur de la promotion touristique tout en demandant des améliorations dans les écoles. Ils peuvent soutenir une initiative tout en exigeant des justificatifs. Ils peuvent condamner les insultes sans adopter automatiquement le récit de l’un ou l’autre camp.

La valeur d’une action ne se mesure ni au nombre de vues, ni à la viralité des échanges, ni au montant annoncé. Elle se mesure à des résultats documentés : des salles effectivement construites, des fonds retracés, des bénéficiaires identifiés et des engagements respectés. Un enfant qui apprend dans une salle de classe sûre n’a pas besoin de connaître le nombre d’abonnés de la personne à l’origine du projet. Il a besoin que le projet soit réel, financé de manière transparente et mené à terme. Le patriotisme ne se mesure ni à la beauté des images ni à la violence des discours. Il se mesure à la capacité de produire des changements concrets, vérifiables et durables dans la vie du peuple. On peut montrer les beautés du Kamerun sans dissimuler ses misères, et dénoncer ses misères sans nier ses beautés.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE 

 N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

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