Lycée de Ndemba 1 : 17 ans de vie, zéro franc d’investissement public
Isolé à 1 km de la route bitumée, en pleine forêt, l’établissement scolaire dans la ville de Belabo ne dispose d’aucune salle de classe en dur construite par l’État depuis sa création. Il a pourtant enregistré plus de 60 % de réussite au baccalauréat lors de la session 2026, contre 42,14 % au niveau national.
Se rendre pour la première fois au lycée de Ndemba 1, dans l’arrondissement de Belabo, département du Lom-et-Djerem, région de l’Est, n’est pas une mince affaire. Il faut quitter la route bitumée et s’engager sur une piste cabossée d’environ un kilomètre, sans habitation ni trace de présence humaine, en pleine forêt. Au bout du chemin, perché sur une colline au relief accidenté, le campus apparaît : un ensemble de salles de classe construites en planches et en briques de terre. « Tout ce que vous voyez ici, c’est l’œuvre des populations. Toutes les salles de classe, de la Sixième en Terminale, sont en planches juste pour abriter les élèves », confie un responsable. Depuis sa création, le lycée n’a jamais bénéficié d’un Budget d’investissement public (BIP) pour la construction de salles de classe. « Toutes les salles de classe sont en planches, il y a aussi un forage tombé en ruine », ajoute-t-il.
Les conséquences de l’absence de BIP
Cette absence d’investissement public pèse sur le fonctionnement de l’établissement. Pour Gaétan Bernard Bangda, coordonnateur du Moabi Think Tank, une entité qui suit le développement de la région de l’Est, « au Cameroun, dans le cadre des investissements, l’État n’agit qu’à travers le BIP. Son absence cause un préjudice important à un établissement scolaire comme le lycée de Ndemba 1 ». Les conséquences sont multiples. « Sans BIP, les conséquences sont systémiques. En effet, isolé des habitations, le lycée est exposé aux actes de vandalisme. Dans ce contexte, la communauté éducative de ce lycée se sent marginalisée alors que cet établissement scolaire se trouve dans une unité administrative située à environ 80 km de Bertoua, le chef-lieu de la région de l’Est », poursuit-il.
À ces difficultés matérielles s’ajoute le manque de personnel administratif. Selon le proviseur, Patrick Didier Akoa Mekoale, le lycée a perdu quatre responsables, mutés dans d’autres établissements sans être remplacés. Les difficultés touchent également l’encadrement pédagogique. Faute d’enseignants en nombre suffisant, certains doivent assurer des cours en dehors de leur discipline de spécialité. En l’absence de logements d’astreinte, beaucoup préfèrent résider à Bertoua ou au centre de Belabo et effectuer quotidiennement le déplacement. Cette précarité rend le lycée fortement dépendant des contributions de l’Association des Parents d’Elèves et des Enseignants (APEE). Mais avec des frais oscillant entre 15 000 et 25 000 FCFA, dans une localité où 80 % des parents vivent de l’agriculture de subsistance, les capacités de financement de la communauté restent limitées.
Une résilience qui paie
Malgré ces conditions, le lycée de Ndemba 1 connaît une évolution encourageante de ses effectifs et de ses résultats. « Contrairement à l’année dernière, les effectifs ont augmenté. Notre arrivée a permis de redonner confiance. Nous sommes à plus de 230 élèves contre moins de 200 l’an dernier. Des élèves quittent Belabo et Bertoua pour venir ici », assure le proviseur.
Cette confiance retrouvée se reflète aussi dans les résultats aux examens officiels. Lors de la session 2026, l’établissement a enregistré plus de 60 % de réussite au Baccalauréat, contre 42,14 % au niveau national. Un écart de près de 18 points qui contraste avec les conditions d’apprentissage des élèves.
Sébastian Chi Elvido à l’Est
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