Intelligence artificielle : l’usage interdit dans les devoirs des plus jeunes au Cameroun
Face à l’utilisation croissante de ChatGPT, Meta AI et d’autres applications d’intelligence artificielle pour réaliser les exercices scolaires, le ministre de l’Éducation de base impose, avec effet immédiat, leur interdiction dans les écoles maternelles et primaires.
Ariane Kenfack enseigne en classe de CE2 depuis quatre ans dans une école privée de Douala. Au courant de ces deux dernières années, elle constate une précision inhabituelle dans les devoirs de ses élèves. « Après leur avoir donné un devoir, je me retrouve généralement avec des rédactions parfaites, un vocabulaire d’adulte et des tournures que même des lycéens n’utilisent pas. Quand je leur demande de lire leur texte à voix haute, certains ne reconnaissent même pas les mots qu’ils ont écrits », déplore Ariane Kenfack.
Cette scène, rapportée par une enseignante du primaire, illustre le malaise qui a probablement poussé le Pr. Laurent Serge Etoundi Ngoa, ministre de l’Éducation de base (Minedub), à interdire, avec effet immédiat, l’utilisation des outils d’intelligence artificielle générative par les élèves de la maternelle et du primaire. « Mon attention a été attirée sur le recours croissant des élèves de la maternelle et du primaire aux applications d’Intelligence Artificielle (IA), notamment ChatGPT, Meta AI (via WhatsApp), Gemini et Copilot, pour effectuer leurs exercices de classe et leurs devoirs », déclare Minedub dans un circulaire signée le 14 octobre 2026 en précisant que dans de nombreux cas, ces applications sont utilisées sur les smartphones des parents, parfois avec leur assistance directe.
Selon Denis Nji, spécialiste en pédagogie de l’enseignement et directeur d’une école privée à Douala, cette interdiction ne signifie pas que l’IA n’a pas sa place à l’école. L’enjeu, selon lui, est de distinguer l’outil qui aide l’élève à comprendre plutôt que celui qui va remplacer sa réflexion. « L’IA doit servir à faire réfléchir l’enfant, pas à penser à sa place », résume Denis Nji.
La circulaire d’interdiction de l’usage de l’IA dans l’enseignement de base s’applique à toutes les écoles maternelles et primaires publiques, privées laïques, internationales et confessionnelles. « Lorsque l’IA produit les réponses à la place de l’enfant, elle prive l’apprenant de l’entraînement nécessaire à l’acquisition des compétences fondamentales en lecture, en écriture, en calcul et en raisonnement », précise le Pr. Laurent Serge Etoundi Ngoa.
Hyacinthe TEINTANGUE







