Rentrée scolaire : A Douala, le sort incertain des centaines de déplacés internes.

Victimes de la crise sécuritaire qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, bon nombre des familles installées dans la capitale économique peinent à scolariser leurs enfants, quel qu’en soit le niveau d’étude.

Assis derrière une petite table couverte par un parasol, sur laquelle sont disposés, quelques oranges, papayes et un plateau d’arachides bouillies, Joshua, attend un potentiel client. Le comptoir n’est pas assez fourni, mais le garçon de 11 ans  espère écouler le peu qui y est disposé. Ce lundi 13 septembre 2021, premier jour de la deuxième semaine de la rentrée scolaire 2021-2022 au Cameroun, contrairement aux autres  enfants de son âge, Joshua n’est pas allé à l’école. Et le risque pour lui d’avoir une année blanche est très grande.

Pourtant le jeune homme a bravé avec succès le concours d’entrée en 6e au Lycée Bilingue de Bonaberi. « Il a perdu sa place parce que je ne l’ai pas inscrit à temps et je n’ai pas de l’argent pour le faire en ce moment », regrette Eunice Ayuk, la mère du garçon. Avec une santé fragile, suite à une opération chirurgicale, cette mère se fait assister par son fils au comptoir. La famille dépend entièrement du revenu de ce petit commerce au quotidien. « C’est une maman grossiste qui me donne ces fruits. En fonction de la quantité vendue, je perçois des bénéfices. Et c’est avec cet argent que je peux acheter de quoi manger avec ma famille. Mon mari  étant aussi malade, nous  avons besoins de l’argent pour la scolarisation des enfants et pour nos soins médicaux », explique-t-elle.  Cette mère de 4 enfants gagne entre 500 et 1000 F CFa par jour en fonction des ventes, et parfois rien.

Victime de la crise sécuritaire qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest depuis 2016,  Eunice et son mari ont été contraints de quitter Kumba, l’une des villes du Sud-Ouest les plus affectées par cette crise afin de protéger leurs 4 enfants. Promotrice d’un atelier de couture, la vie de cette mère a basculé, il y a 5 ans. Et Depuis lors, la famille installée au quartier  Mabanda, dans l’arrondissement de Douala 4e prend  le taureau par les cornes. Pour cette année scolaire seulement deux enfants ont pu reprendre les cours. « Je n’ai encore rien fait. Les deux profitent de leur statut d’ancien de l’établissement  pour aller à l’école en attendant que je paie leur inscription. Les autres ne pourront pas parce que je n’ai pas  pu les inscrire », déplore cette mère déboussolée.

Décret

Ce quartier populaire et marécageux de  Douala accueille une forte communauté de déplacés internes, sur les 711 056 (HCR)  repartis sur le territoire national. « En discutant avec une centaine de  familles, on constate qu’un bon nombre manque les manuels scolaires et  les frais de scolarité, les enfants scolarisés ont aussi  du mal à s’intégrer dans le paysage francophone. C’est pour cette raison que dans les marchés de Douala on rencontre des jeunes en âge scolaire qui ont abandonné l’école. Les parents qui n’ont pas  les moyens financiers pour les envoyer à l’école, préfèrent les envoyer chercher de l’argent », affirme Fonyuy Fotsing, Cofondateur en charge  des programmes et  des partenariats du programme  Lodge an IDP, qui apporte une assistance aux déplacés dans le besoin à Douala.

Une année scolaire incertaine, c’est le sentiment qui anime Judith Mufu, veuve et mère de 4 enfants. Après une année blanche, cette ménagère partie de Bafut, dans le  département du Mezam dans la région du Nord-Ouest craint de ne pouvoir offrir l’année intégrale  à ses enfants. « J’ai pu inscrire les deux derniers qui sont au primaire, maintenant j’ai besoin de l’argent pour acheter les fournitures et  payer la pension des deux aînés qui sont au collège », souhaite cette mère. Grâce à une action humanitaire, Judith a pu obtenir un fonds de 40 mille F Cfa  pour lancer son petit commerce. Mais les revenus tirés de cette activité  sont insuffisants pour supporter  le loyer de la chambrette qu’elle occupe avec sa famille, la nutrition, la scolarisation entre autres. « La scolarisation des déplacés fait partie de leur besoin prioritaire. Si nous réalisions ce projet, plus de 60% des jeunes déplacés internes vont aller à l’école. Le programme a déjà envoyé 25 de ces enfants à l’école, nous avons distribué des kits scolaires et un soutien financier.  Nous sommes à la recherche de financement pour accompagner d’autres jeunes à l’école et nous espérons  qu’avec cette démarche plus de 80% de ces jeunes n’auront pas de problème de scolarisation », soutient Fonyuy Fotsing.

En plus de ces initiatives privées, le délégué régional de l’Education de base pour le Littoral, Léopold Ymga Djamen,  explique que les dispositions sont prises pour faciliter l’intégration de ces élèves déplacés internes  dans les écoles primaires publiques de la région, en plus du respect du décret du Chef de l’Etat qui rend l’école primaire gratuite.  Cependant, beaucoup de chose reste à faire pour accompagner ces victimes de la crise anglophone, qui semblent être oubliées par le gouvernement,  sur le plan éducatif et social, relève Fonyuy Fotsing, au tant au niveau primaire, secondaire qu’universitaire.

Marie Louise MAMGUE

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