Insécurité : environ 100 personnes enlevées à Garoua-Boulaï entre 2014 et 2021
Frontière Cameroun-RCA

Les victimes de ces actes perpétrés par des présumés rebelles centrafricains ont connu des fortunes diverses. Cette insécurité a eu des répercussions sur les activités socioéconomiques avec une chute de près de 60% des recettes municipales et une baisse des transactions commerciales. Les gouvernements camerounais, centrafricain et russe travaillent pour rétablir la stabilité dans cette zone transfrontalière située dans la région de l’Est.

Iliassou, un conducteur de camion et son aide-chauffeur, communément appelé « motoboy », Saoudi ont été enlevées le 03 août 2021 à Mborguené, dans la commune de Garoua-Boulaï, située à 54 kilomètres du centre ville en provenance de Bertoua par des hommes armés non identifiés. Le 05 août 2021, au cours d’une opération de ratissage, les Forces de Défense camerounaises ont retrouvé les victimes dans la brousse de Bongo, arrondissement de Bétaré-Oya, sur la route nationale N°10. « Les éléments sont entrés en profondeur dans la brousse de cette localité et sont tombés sur 04 otages qui venaient d’être libérés par leur ravisseurs », rapport une source sécuritaire. Selon cette source, « les victimes, âgées de 15 à 80 ans refusent de dire qu’ils ont payé une rançon par peur des représailles. Dans tous les cas, les forces de sécurité sont aux trousses des ravisseurs ».

Les habitants de cette localité vivent sous la menace de ces assaillants. En 2015, une bande armée avait ouvert le feu sur la population civile.  Saidou Moussa, un berger avait perdu sa vie tandis que Idrissa Yeye, son collègue atteint par balle au niveau de la poitrine a été transféré à l’hôpital protestant de Garoua-Boulaï. A Bodio, toujours dans la même zone, une bande armée avait enlevé 16 camerounais dans la nuit du 19 au 20 mars 2015 parmi lesquels, Mama Abakai, alors maire de la commune de Lagdo dans la région du Nord et tous les membres de sa délégation de retour d’un deuil à l’Est. « Ils ont pointé des fusils sur nous et ont demandé que tout le monde descende du bus. Quand nous sommes descendus, ils ont amené les passagers dans la brousse et ils nous ont demandé de partir avec notre bus », avait expliqué le convoyeur à la brigade de la gendarmerie de Garoua-Boulaï.

Après plusieurs mois sur le sol centrafricain, Mama Abakai a été libéré. Par ailleurs, l’année 2014 a été tristement célèbre à cause de l’insécurité à Garoua-Boulaï. Dès le 10 janvier, un affrontement entre les rebelles de l’ex Séléka et les Anti-Balaka s’était soldé par la mort de 5 personnes à Beleko-Cantonier, village centrafricain à la frontière. Les blessés avaient été conduits en urgence à l’hôpital protestant de la ville où quatre avaient rendu l’âme. Le 02 mai, 18 Camerounais ont été pris en otage à Yoko-Siré, localité située à 9 km du centre ville. Les victimes étaient les occupants d’un véhicule de transport en provenance de Ngaoundéré.  Samedi 20 septembre suivant, 8 Camerounais sont enlevés dans la ville à la veille de la rentrée scolaire par les rebelles du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Ils réclamaient la libération de leur chef de guerre, Abdoulaye Meskine détenu à Yaoundé à cette époque. Les victimes étaient les agriculteurs et les élèves de l’école maternelle du quartier Béthanie.

Crise sociopolitique

Au-delà de ces cas bien connus, plusieurs enlèvements non portés à l’attention du grand public sont décriés entre 2014 et 2021. « On ne peut pas compter le nombre d’enlèvement. Les éleveurs et les agriculteurs sont les premières victimes, enlevés généralement dans leurs champs et pâturages. Et pour s’en sortir, leurs familles mobilisent secrètement les fonds et paient les ravisseurs », regrette un chef de village de la zone qui a requis l’anonymat.

L’insécurité à Garoua-Boulaï est l’une des conséquences de la crise sociopolitique depuis 2013 en République Centrafricaine (RCA) suite au renversement du régime de François Bozizé par la coalition Séléka. Cette crise a donné naissance aux bandes armées qui écument la frontière entre les deux pays avec comme fonds de guerre, les rançons qu’ils exigent aux familles des victimes.

Frontière Cameroun-RCA

Conséquences

La chute drastique du volume des transactions commerciales, des activités économiques et les recettes municipales dans la commune de Garoua-Boulaï sont entre autres impacts visibles de l’insécurité dans cette zone. « Depuis le 28 décembre 2020, à cause de la crise sociopolitique en RCA, toutes les activités sont aux arrêts. Avant décembre 2020, la recette mensuelle du parc était estimée à 800 000 F Cfa. Mais entre décembre 2020 et mars 2021, elle a chuté à 50.000 F Cfa », déplore Golike Golike Ghislin, chef du parc à camion. 

Selon Ngangimo Raymond, le 4e vice-président national, chargé de la région de l’Est du Syndicat national des transporteurs en général du Cameroun (STGC) « la crise centrafricaine a eu des impacts négatifs sur le transport des marchandises. Jusqu’aujourd’hui, dit-il, il y a les marchandises en destination de la RCA au port de Douala à cause de l’insécurité sur le sol centrafricain. Les transporteurs ont opté pour les corridors Tchad-Congo-Gabon ». A sa suite, Adamou Abdon, maire de la commune de Garoua-Boulaï souligne « qu’à cause de cette crise sociopolitique, nous avons connu l’insécurité, l’importation clandestine des armes et cela a perturbé véritablement notre situation socioéconomique notamment l’agriculture et l’élevage parce qu’aujourd’hui, nos planteurs et éleveurs qui allaient camper dans les champs ne peuvent plus le faire à cause des enlèvements répétés ». 

Pour rétablir la sécurité dans cette zone, les gouvernements camerounais et centrafricain travaillent en étroite collaboration sur le plan militaire. C’est dans cette perspective qu’entre 2017 et 2021 le Cameroun a rétrocédé aux autorités centrafricaines, le matériel de guerre saisi depuis 2013. A ce sujet, le procès verbal de restitution d’août 2017 est signé par Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la Présidence charge de la Défense, Joseph Yakaté, ministre de la Défense nationale centrafricain et Anatole Clément Banem, représentant de la Mission multidimensionnelle des Nation-Unies pour la stabilisation de la Centrafrique (Minusca). Un matériel de guerre constitué de 8 véhicules 4/4, de 15 caisses des armes lourds et d’un stock important de munitions. Egalement pour faciliter la libre circulation des personnes et des biens, les camions transportant les marchandises sont accompagnés entre Garoua-Boulaï et Bangui par l’armée russe depuis février 2021.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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