Nord-Cameroun: déjà 945 cas de rougeole enregistrés en 2026
Depuis le mois de janvier de l’année en cours, cette région fait face à une importante épidémie de cette maladie qui a déjà fait six morts. Et selon les autorités sanitaires, la courbe des contaminations semble aujourd’hui ralentir.
Dans le quartier Ouro Labbo, à la périphérie de l’arrondissement de Garoua Ier, dans la région du Nord, la sérénité est revenue au sein de la famille Djibril Yougouda après plusieurs semaines d’inquiétude et de nuits blanches provoquées par la maladie de leurs enfants. Astadjam, la mère de famille, raconte que tout a commencé par une fièvre persistante chez son fils aîné, âgé de 9 ans. « Pendant trois jours consécutifs, l’enfant a eu une très forte fièvre. Nous ne dormions presque plus », confie-t-elle. Dans un premier temps, elle tente de faire baisser la température en lui administrant des calmants et quelques médicaments conservés à la maison, mais sans succès.
La fièvre n’était pourtant que le début. Quelques jours plus tard, des boutons apparaissent sur le visage de l’enfant avant de gagner progressivement le reste de son corps. Les symptômes ne laissent plus de doute : il s’agit de la rougeole. À mesure que l’état de l’enfant se dégrade, l’angoisse s’installe dans le foyer. Après l’échec des premiers remèdes administrés à domicile, la famille se tourne vers un voisin guérisseur, espérant trouver dans la médecine traditionnelle une solution à ce mal qui ne cesse de progresser.
Le traitement traditionnel semble fonctionner. Mais « au bout d’une semaine, alors que le premier commençait à aller mieux, son petit frère de 5 ans a présenté exactement les mêmes symptômes », explique la mère. Fort de cette première expérience, elle n’hésite pas : « j’ai tout de suite commencé à lui administrer le même traitement traditionnel. » Aujourd’hui, les deux garçons vont bien. Sur leur peau, il ne reste plus que quelques traces de boutons.
L’histoire de la famille Yougouda n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le mois de janvier, la région du Nord est confrontée à une importante épidémie de rougeole. Selon les données communiquées par le Dr Ibrahim Ousseïni, point focal régional du Programme élargi de vaccination (Pev), 945 cas ont été enregistrés à ce jour dans les différents départements de la région. Le bilan officiel fait état de six décès. Six enfants souffrant de complications sévères sont actuellement hospitalisés, tandis que 933 personnes ont déjà été déclarées guéries. Pour les responsables sanitaires, la situation est désormais sous contrôle.
Les statistiques montrent toutefois que l’épidémie a connu une progression fulgurante au cours du premier semestre. Après 27 cas recensés en janvier, les services de santé en ont enregistré 167 en février puis 241 en mars. Le mois d’avril marque le sommet de la vague épidémique avec 393 cas notifiés, soit plus de 41 % de l’ensemble des cas enregistrés depuis le début de l’année. Entre janvier et avril, le nombre mensuel de cas a ainsi été multiplié par plus de 14.
Cette flambée n’est pas sans précédent. En 2025 déjà, plusieurs districts sanitaires du Nord figuraient parmi les foyers actifs de rougeole recensés au Cameroun, selon les rapports de surveillance épidémiologique du Centre de coordination des opérations d’urgence de santé publique (Ccousp). Les autorités sanitaires avaient alors multiplié les campagnes de vaccination de riposte pour contenir la circulation du virus. L’épidémie enregistrée en 2026 apparaît toutefois d’une ampleur particulière avec 945 cas recensés dans la seule région du Nord depuis janvier. Cette flambée s’inscrit dans un contexte de recrudescence récurrente de la maladie. En 2024 déjà, la région du Nord était la plus touchée du Cameroun avec 192 cas recensés, selon les données du ministère de la Santé publique. Plusieurs districts sanitaires de la région, dont Garoua I, Garoua II, Pitoa, Bibemi, Rey-Bouba et Ngong, avaient alors été placés sous surveillance renforcée.
Du côté de la médecine conventionnelle, le message du Dr Ibrahim Ousseïni est sans équivoque, la rougeole ne dispose d’aucun traitement curatif spécifique. « Il est essentiel que les populations comprennent que la médecine conventionnelle ne dispose pas d’un médicament pour guérir la rougeole. Ce sont uniquement les symptômes qui sont pris en charge, notamment la fièvre ou les infections secondaires », explique-t-il. Pour le médecin, la meilleure protection demeure la vaccination. « Le seul véritable rempart reste la prévention. La vaccination contre la rougeole est gratuite et intégrée au calendrier vaccinal de l’enfant au Cameroun », rappelle-t-il.
Pourtant, face à l’absence de remède considéré comme miracle dans les formations sanitaires, les marchés de médicaments traditionnels continuent d’attirer de nombreux parents. Au détour des allées du marché des remèdes traditionnels de Garoua, Harouna, tradipraticien bien connu dans la ville, affirme avoir reçu une dizaine d’enfants présentant les symptômes de la rougeole depuis le début de l’épidémie.
Entre la rigueur scientifique des centres de santé et les recettes ancestrales transmises de génération en génération, de nombreuses familles du Nord naviguent encore entre plusieurs options thérapeutiques pour protéger leurs enfants.
Fadimatou Boubakary







