Viande bovine : menace d’une nouvelle hausse des prix en 2028
L’arrêt annoncé des exportations de bovins sur pied par le Tchad à partir de janvier 2028 pourrait accentuer les tensions sur le marché camerounais. Le pays dépend fortement de ce voisin, alors que sa production recule et que les prix ont déjà augmenté.
Mama Odile arrive au marché du Mfoundi à Yaoundé ce 2 novembre 2026 et demande de la viande de bœuf de 3 000 F Cfa. Avant, cette somme lui permettait d’acheter un kilogramme entier. Depuis que le prix est passé à 3 500 F Cfa en octobre 2025, elle en reçoit moins, mais continue de faire avec ce qu’elle a pour nourrir sa famille. D’ici à janvier 2028, la situation pourrait encore se compliquer car le Tchad prévoit d’interdire l’exportation de bovins sur pied à compter du 1er janvier 2028.
Cette mesure, annoncée dans une lettre circulaire du président Tchadien du 31 juillet 2026, vise à favoriser la transformation de la viande sur place. Le risque d’une nouvelle hausse des prix de la viande bovine s’est invité dans la préparation du budget camerounais de 2027. Dans le recueil des recommandations des Conférences élargies de programmation budgétaire et de la performance associée (Cepb-pa) 2026, publié le 27 octobre par la Direction générale du Budget (Dgb), le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) est appelé à produire et à transmettre au Premier ministre un état des lieux assorti de mesures d’atténuation face aux risques de renchérissement des prix de la viande bovine à compter de janvier 2028.
Le document précise que plus de 40 % de l’approvisionnement national en viande bovine dépend du bétail tchadien. Cette dépendance intervient alors que les besoins du marché restent importants. Selon les estimations de la Fao, la consommation totale de viande bovine au Cameroun a atteint environ 122 000 tonnes en 2023, contre 120 000 tonnes en 2022, soit une progression de 1,7 %. Dans le même temps, la production nationale se contracte. Elle est passée de 130 169 tonnes en 2023 à 68 902 tonnes en 2025, selon les chiffres présentés par le Premier ministre dans son discours de politique générale, le 26 novembre 2025 à l’Assemblée nationale.
Pour répondre à la demande, le Cameroun s’appuie notamment sur les importations de bovins vivants, dont une partie importante provient du Tchad. En 2023, le Minepia a recensé 49 606 bovins importés de ce pays, contre 29 718 en 2022, soit une augmentation d’environ 67 %. Les données douanières de la Banque mondiale pour la même année confirment la place dominante du Tchad dans les importations déclarées de bovins vivants, avec 6 187 animaux, contre 178 en provenance de la République centrafricaine et 68 du Nigeria. Les échanges ne se limitent pas aux circuits formels. Selon l’Institut national de la statistique (Ins), les importations informelles de bovins tchadiens ont représenté 35,69 milliards F Cfa en 2024, en hausse de 20,3 % sur un an. Les bovins vivants constituaient alors 49,8 % de la valeur des marchandises importées informellement du Tchad.
Pour accroître la production nationale et limiter le risque d’une nouvelle hausse des prix à partir de 2028, le Cameroun devra lever plusieurs obstacles qui freinent le développement de son élevage. Des experts se sont déjà exprimés sur ces difficultés dans les colonnes de DataCameroon. L’agronome Dr Patrice Ngono évoque notamment le coût de l’alimentation et des soins vétérinaires, la dégradation des pâturages, l’insécurité et les difficultés de transhumance. L’économiste rural Dr Paul Henri Mbarga et l’agronome Herman Meka mettent également en avant la protection des pâturages, l’amélioration des routes rurales et une meilleure organisation de la filière.
Mélanie AMBOMBO
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