Forêts sacrées : vers la restauration de près de 30 hectares à l’Ouest

Espaces spirituels, réservoirs de biodiversité et symboles de l’identité des peuples des Grassfield, les forêts sacrées subissent une pression croissante. Selon plusieurs estimations, elles auraient déjà perdu près de 60 % de leur superficie en trois décennies.

Dans la région de l’Ouest au Cameroun, plus d’un tiers des forêts sacrées est aujourd’hui en cours de dégradation. Sur les 310 sites recensés, 35,71 % présentent déjà des signes d’altération sous l’effet de l’urbanisation, de l’agriculture et des incendies. Ces espaces patrimoniaux couvrent environ 885 hectares et constituent à la fois des réservoirs de biodiversité et des lieux de mémoire culturelle pour les communautés locales.

Les données du projet d’appui à la gestion durable des espaces à haute valeur patrimoniale, porté par La Route des chefferies (Rdc), confirment l’ampleur du phénomène. La pression sur ces forêts s’inscrit dans une tendance plus longue. Elles auraient perdu près de 60 % de leur superficie en trois décennies, selon des estimations publiées en 2021 par Rainforest Alliance.

Dans certains cas, la dégradation est le résultat d’événements malheureux. En 2025, un incendie survenu à la chefferie supérieure de Bafoussam, dans le département de la Mifi, a détruit une partie de la forêt sacrée. Pour Sa Majesté Mitterrand Moumbé Fotso, chef supérieur de Bamougoum et président du Conseil des chefs traditionnels de l’Ouest, ces espaces subissent aujourd’hui une pression croissante. « La recherche de nouvelles terres, l’exploitation des ressources et la modernité font que nos coutumes seules ne suffisent plus à protéger notre patrimoine », explique-t-il.

Au-delà de leur dimension écologique, ces forêts jouent un rôle central dans la culture locale.
« Ce sont les demeures de nos ancêtres, des sanctuaires de rituels et des bibliothèques de nos histoires », rappelle le chef traditionnel.

Face à la dégradation, les acteurs locaux plaident pour une restauration ciblée d’au moins 30 hectares de forêts et de bois sacrés, ainsi que de zones riches en raphia. Selon Stéfany Minette Jiazet Noumeyi, directrice des opérations de La Rdc, l’enjeu dépasse la seule conservation de la biodiversité. « Si rien n’est fait, ce sont les valeurs traditionnelles, l’identité des peuples et leurs moyens de subsistance qui sont menacés », avertit-elle.

Parmi les solutions envisagées figurent la création de pépinières villageoises, l’organisation de campagnes de reboisement et la structuration des filières artisanales liées aux ressources forestières.

Pour Suxy Essoung Chowa, déléguée régionale des Forêts et de la Faune, l’urgence est aussi culturelle. « Ces forêts ne sont pas seulement des réservoirs d’espèces, mais également des sanctuaires culturels et spirituels. »

Dans une région où les forêts sacrées incarnent le lien entre les générations, la restauration de ces 30 hectares apparaît comme une première étape pour enrayer l’érosion d’un patrimoine écologique et identitaire vieux de plusieurs siècles.

Lire aussi : Ouest-Cameroun : 60% des forêts sacrées perdues en 30 ans

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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