Yaoundé : chaleur anormale, la ville suffoque
Depuis plusieurs semaines, la chaleur est étouffante dans la ville. La situation devient encore plus difficile après le coucher du soleil, avec des températures élevées qui ne redescendent presque pas. Le quotidien des habitants est marqué par des nuits inconfortables, obligeant à adapter les habitudes pour supporter ces conditions.
Au quartier Anguissa, Gaëtan Tomi décrit un quotidien devenu difficile. Interpellé sur la montée des températures, il reconnaît que la situation est devenue préoccupante. Selon lui, depuis près de trois semaines, les vêtements légers se sont imposés comme une nécessité à domicile, tandis que les sorties se font désormais en tenue simple. La nuit, ajoute-t-il, le ventilateur reste allumé jusqu’au matin pour espérer trouver un peu de répit. Au quartier Ekounou dans l’arrondissement de Yaoundé 4e, Marielle Ongona renchérit en évoquant des stratégies similaires. Ces témoignages, recueillis le 19 avril 2026, traduisent une même réalité : la chaleur s’est installée durablement dans le quotidien des habitants de la ville de Yaoundé, Capitale de Cameroun.
Des températures nocturnes qui interpellent
Depuis le début du mois d’avril 2026, plusieurs localités des régions du Centre où se trouve Yaoundé ; celles du Sud et de l’Est, font face à des vagues de chaleur persistantes. Contrairement aux attentes, les pluies intermittentes observées n’apportent qu’un soulagement très relatif. Dans une note d’information récente, l’Observatoire national des changements climatiques (Onacc) indique que les températures nocturnes oscillent entre 29 et 32°C dans la capitale et ses environs. « Des températures de 30°C la nuit sont généralement observées dans les zones sahéliennes, notamment dans l’Extrême-Nord du Cameroun en pleine saison sèche », explique un climatologue qui a requis l’anonymat. Autrement dit, Yaoundé connaît actuellement, la nuit, des conditions thermiques proches de celles de villes comme Maroua ou Kousseri, pourtant situées dans des zones beaucoup plus arides. Avril correspond normalement à la petite saison des pluies dans le grand Sud du Cameroun (Est, Sud et Centre, Ndlr). Pourtant, la chaleur persiste, parfois même après les averses.
Selon une source à l’Onacc, plusieurs facteurs l’expliquent. Après la pluie, l’air devient fortement chargé en vapeur d’eau. « Cette humidité agit comme un couvercle qui empêche la chaleur accumulée durant la journée de s’échapper », explique ce spécialiste du climat. Résultat, la sensation thermique reste élevée, voire s’accentue. Il ajoute que le béton, les routes et les toitures accumulent la chaleur en journée et la restituent lentement la nuit. « Yaoundé fonctionne comme un îlot de chaleur urbain, ce qui amplifie les températures nocturnes », précise cet expert.
Alors que la nuit est censée apporter de la fraîcheur, c’est l’inverse qui se produit actuellement. « Le corps humain a besoin de températures plus basses la nuit pour récupérer. Lorsque la chaleur persiste, cela perturbe le sommeil et augmente la fatigue », explique le médecin généraliste, Dr Paul Tassé. Il ajoute que l’humidité empêche également la transpiration de s’évaporer correctement, ce qui réduit la capacité naturelle du corps à se refroidir.
Des risques sanitaires réels
Cette situation n’est pas sans conséquences. Dr Paul Tassé alerte sur plusieurs risques tels que la déshydratation ; les troubles du sommeil ; la fatigue chronique ; les coups de chaleur et l’aggravation des maladies cardiovasculaires. Dans son bulletin du 21 au 30 avril 2026, l’Onacc prévient d’un risque élevé de températures dépassant les 30°C dans plusieurs régions. Face à cela, l’organisme recommande une hydratation régulière, le port de vêtements légers ; une meilleure ventilation des habitations.
Désiré Domo







