Oignons : à l’Ouest, la chute des prix déclenche une course aux stocks
En quatre mois, le prix du sac de 120 kg d’oignons a chuté de près de 70 % sur les marchés de cette région du Cameroun. Une baisse spectaculaire qui pousse ménages, restaurateurs et commerçants à acheter en masse pour constituer des réserves avant le retour redouté de la flambée des prix.
Sous un soleil ardent, ce mercredi 6 mai 2026, le lieu-dit « Camp Oignons » à Bafoussam, dans le département de la Mifi, région de l’Ouest , est en pleine effervescence. Entre les déchargements de sept camions venus du Grand-Nord et le vrombissement des motos-taxis, détaillants et ménagères se bousculent autour des sacs fraîchement débarqués. L’attraction est de taille, le prix du sac de 120 kg s’est effondré, passant de 80 000 Fcfa en début d’année à une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 Fcfa. Une baisse comprise entre 62,5 % et 68,7 % selon les volumes et la qualité des cargaisons.
Cette chute brutale des prix a déclenché un réflexe de précaution. Beaucoup de ménages préfèrent désormais stocker pendant la période d’abondance pour éviter les flambées qui reviennent presque chaque année entre juin et décembre. Parmi les acheteurs, Bernadette Y., habitante de Bandjoun dans le Koung Khi, ne veut pas laisser passer cette opportunité. Bien que novice dans la conservation, elle a décidé de constituer un stock pour plusieurs mois. « Je vais expérimenter une méthode de conservation en paniers, en les exposant au soleil au moins une fois par semaine », confie-t-elle.
Dans les marchés, le spectacle est saisissant, des acheteurs, sacoches accrochées et pagnes noués autour des reins, tentent d’arracher les meilleurs filets avant la hausse redoutée des prix. Pour Karim Youssoffa, grossiste, l’abondance dure depuis janvier. « Le marché reçoit quotidiennement de nouveaux stocks. Avec la baisse des prix, la demande est devenue beaucoup plus forte », explique-t-il. L’oignon venu du Nord et de l’Extrême-Nord a fait chuter les prix au détail. « Aujourd’hui, avec 100 Fcfa, on peut avoir jusqu’à sept oignons », se réjouit Lisette, ménagère à Bafoussam. Quelques mois plus tôt, la même somme permettait à peine d’en acheter un ou deux. Pour les commerçants, cette ruée vers les stocks traduit surtout une perte de confiance dans la stabilité des prix. « D’ici juin, les stocks vont diminuer et les prix recommenceront à grimper », prévient Karim Youssoffa, grossiste.
Car derrière l’abondance actuelle se cache un problème récurrent, l’absence de capacités modernes de conservation dans les bassins de production. Faute d’entrepôts adaptés, une grande partie des récoltes doit être écoulée rapidement pour éviter les pertes, saturant temporairement les marchés urbains. Ce phénomène, que l’économiste Dr Jean Francois Ongono, qualifie de « volatilité saisonnière des prix agricoles », entraîne chaque année le même cycle effondrement des prix pendant les récoltes, puis flambée quelques mois plus tard lorsque les stocks s’épuisent.
« Dans les zones de production du Nord et de l’Extrême-Nord, les méthodes de conservation restent largement artisanales, exposant les oignons à l’humidité, à la chaleur et aux pertes post-récoltes. Les producteurs et commerçants préfèrent vendre vite, même à bas prix », explique Dr Jean François Ongono. Pour cet économiste, le développement d’infrastructures de stockage et de conservation permettrait pourtant de mieux répartir l’offre sur l’année et de limiter les hausses brutales observées sur les marchés camerounais.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







