Liberté de la presse : Des journalistes camerounais exercent dans des conditions difficiles
Au Cameroun, l’exercice du métier de journaliste reste marqué par de nombreuses contraintes et risques. Entre interpellations, intimidations, pressions économiques et insécurité, les professionnels des médias évoluent en 2026 dans un environnement jugé « difficile » par Reporters sans frontières.
D’après le Classement mondial de la liberté de la presse publié le 30 avril 2026 par Reporters sans frontières, le Cameroun figure parmi les pays où la liberté de la presse est jugée « difficile». L’organisation souligne que, bien que le pays dispose de l’un des paysages médiatiques les plus riches du continent, « il n’en est pas moins l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les journalistes. Les professionnels de l’information y évoluent dans un environnement hostile et précaire », déplore-t-elle. Elle note par ailleurs que la liberté de la presse n’a jamais été aussi fragilisée en Afrique subsaharienne, en proie à des crises sécuritaires et à une instabilité politique persistante, des Grands Lacs au Sahel.
Comparé au rapport de cette organisation publié en 2025, le Cameroun enregistre un recul de deux places dans ce classement, passant de la 131e à la 133e position sur 180 pays. À ce jour, aucun professionnel des médias n’a été tué depuis janvier 2026, mais deux journalistes restent détenus, soutient Rsf.
Dans ce contexte tendu, des interpellations de journalistes continuent d’être signalées. Le jeudi 16 avril 2026 à Douala, le journaliste reporter d’images Dallas Tchana, en service à Équinoxe TV, a été interpellé dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. Conduit à la Légion de gendarmerie du Littoral, il lui est reproché d’avoir filmé un bâtiment relevant de la gendarmerie nationale, une accusation qu’il conteste fermement, selon le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (Spic).
Pour les organisations professionnelles, ce cas illustre une tendance plus large. Selon le Réseau des patrons de presse du Cameroun (Repac), « le Cameroun est de plus en plus cité parmi les pays où les journalistes travaillent en danger, entre menaces, pressions économiques, agressions physiques et procédures abusives », a déclaré François Mboke le 3 mai 2026 à Yaoundé, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Au-delà des interpellations, les professionnels des médias dénoncent également des conditions de travail précaires, marquées par une faible rémunération, un accès limité à la protection sociale et des pressions éditoriales croissantes, autant de facteurs qui fragilisent leur indépendance. Face à cette situation, le Repac appelle les autorités camerounaises à garantir la protection des journalistes, tant sur le plan physique que juridique. « La paix ne se décrète pas, elle se construit. Et elle se construit avec une presse libre, responsable et protégée», rappelle l’organisation.
Hyacinthe TEINTANGUE








