Consommation : Le maquereau hors de portée à Bafoussam

« Consommation » (1/4) Dans cette ville de la région de l’Ouest, la raréfaction de cette variété de poisson et l’envolée des prix, plus de 2 500 Fcfa le kilogramme, contre 1 300 Fcfa auparavant, poussent des ménages à se rabattre sur des alternatives comme la morue fumée ou le « Mbounga ».

Madeleine Fofou a dit « non » au maquereau. Cette sexagénaire, malgré la pression de ses trois petits-fils, a fini par les convaincre de rayer ce poisson de leur menu. Une décision radicale dictée par la flambée des prix sur les étals, e kilogramme est passé de 1 300 Fcfa à 2 600, voire 3 000 Fcfa selon la qualité. « Sur le marché, ce poisson est désormais rare, et les vendeurs en profitent pour augmenter les tarifs. Le kilogramme a presque doublé alors que la qualité n’y est même pas », regrette cette habitante du quartier Tougang  à Bafoussam II, dans la Mifi à l’Ouest. Désormais, son choix se porte sur la morue fumée ou le « Mbounga » (ou Bifaga), du hareng fumé très prisé pour son goût prononcé. Des alternatives dont les prix restent élevés, mais encore accessibles et surtout disponibles.

Le constat est le même chez les vendeuses de poissons braisés du « Marché A » à Bafoussam. Le maquereau, autrefois roi incontesté des soirées locales, cède progressivement sa place à la carpe, confient les « braiseuses ». « C’était le poisson le plus accessible. Avec 1 500 Fcfa, un client pouvait avoir un poisson avec son complément. Aujourd’hui, les rares maquereaux que nous trouvons coûtent au moins 2 500Fcfa », explique l’une d’elles.

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Cette pénurie, observée depuis le début de l’année 2026, s’explique par plusieurs facteurs. Pour les poissonniers, les causes sont claires : retards de livraison, baisse des cargaisons, explosion des coûts du fret international et perturbations maritimes liées aux tensions au Moyen-Orient. « Les navires contournent désormais par l’Afrique du Sud, soit environ 1 500 km supplémentaires », confie, sous anonymat, le gérant d’un importateur. Résultat, le prix du carton de maquereaux moyens est passé de 18 000 à 22 000 Fcfa, au gré des fluctuations du marché.

Le paradoxe des importations

Pourtant, les chiffres officiels de 2025 semblaient montrer que le pays avait suffisamment de poisson. Selon le rapport de l’Institut national de la statistique (Ins) sur le commerce extérieur, le Cameroun a importé 267 259 tonnes de poissons de mer congelés en 2025, contre 207 000 tonnes en 2024, soit une hausse de 29,1 %. Une facture salée pour l’économie nationale, qui s’élève à 230,8 milliards Fcfa.


Malgré cet effort financier, la rareté persiste. Pour l’économiste Hélène Malekou, cette crise est la conséquence d’un déficit structurel profond : « L’offre locale ne parvient pas à combler une demande nationale estimée à 500 000 tonnes par an ». Le gouvernement affiche pourtant des ambitions fortes. Selon le document de programmation budgétaire 2025-2027, la production halieutique devrait passer de 225 000 tonnes en 2024 à 600 000 tonnes en 2027, soit une progression projetée de 166,7 %. Pour Hélène Malekou, la solution ne viendra pas des ports, mais des eaux nationales : « Il est impératif pour le gouvernement de vulgariser et de soutenir massivement la production locale pour réduire notre dépendance aux importations ». Elle prescrit également une réhabilitation urgente des infrastructures de pêche pour permettre aux acteurs locaux de nourrir enfin le pays à un prix abordable.

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Aurélien Kanouo Kouénéyé

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