LE KAMERUN, L’ABSURDE HYDRAULIQUE : UN PAYS D’EAU QUI ASSOIFFE SES CITOYENS
Rivières abondantes, nappes généreuses, pluies régulières… Le Kamerun semble béni des dieux de l’eau. Pourtant, dans les villes comme dans les campagnes, l’accès à l’eau potable reste un parcours du combattant. Entre abondance naturelle et pénurie organisée, le pays illustre un paradoxe aussi choquant qu’inacceptable.
Une géographie généreuse, une réalité cruelle
Sur les 58 départements que compte le Kamerun, plus de la moitié portent le nom d’un cours d’eau. Dans la partie septentrionale, les « mayo » ces rivières saisonnières dessinent une carte trompeuse d’abondance. Car dans les faits, les populations parcourent des kilomètres sous un soleil accablant pour trouver de quoi s’abreuver, souvent au prix d’une eau douteuse. Comme le résume un habitant : « Nous vivons avec l’eau autour de nous, mais jamais dans nos maisons. »
L’échec d’une politique centrée sur l’humain
L’accès à l’eau potable relève d’un choix politique. Et au Kamerun, ce choix semble en panne. Dans les grandes villes, les images sont frappantes : des canalisations éventrées laissent couler l’eau à longueur de journée, pendant que des quartiers entiers vivent au rythme des pénuries. « Ici, l’eau se perd dans la rue pendant que nous en manquons à la maison », confie une mère de famille. Le scandale n’est pas l’absence d’eau, mais l’absence d’organisation pour la distribuer équitablement.
Quand la débrouille devient un marché
Face à la défaillance du service public, les solutions alternatives prolifèrent. Les puits privés se multiplient dans les quartiers, mais contrairement à une idée répandue, cette eau n’est pas gratuite. Leur accès est monnayé, et souvent à des prix plus élevés que ceux pratiqués par la société nationale. Des propriétaires de puits se sont ainsi mués en commerçants de l’eau, profitant d’un besoin vital pour en faire une source de revenus. « On paie plus cher une eau incertaine que celle qui devrait couler au robinet », déplore un usager. Ce basculement est inquiétant : l’eau, bien commun par excellence, devient un produit de spéculation.
Entre précarité et péril sanitaire
À ce coût élevé s’ajoute un autre danger : la qualité. Ces eaux de puits, rarement contrôlées, exposent les populations à des risques sanitaires permanents. Et lorsque les pompes cessent de fonctionner à cause des coupures d’électricité, la situation devient critique. Choléra, typhoïde, diarrhées… ces maladies hydriques prospèrent dans ce contexte. L’adage bien connu vacille dangereusement :« l’eau, c’est la vie » pourrait bien devenir « l’eau, c’est la mort ».
Un paradoxe qui interpelle l’avenir
Le Kamerun ne manque pas d’eau. Il manque de vision, de planification et de volonté pour transformer cette richesse en service public fiable. Ce paradoxe d’un pays riche en ressources mais pauvre en accès interroge profondément le sens des priorités nationales.
De l’abondance à l’urgence d’agir
Un État se juge à sa capacité à garantir l’essentiel. L’eau potable n’est ni un luxe ni une marchandise ordinaire : c’est un droit fondamental. Tant que boire restera un privilège ou un risque, le Kamerun continuera de tourner le dos à l’essentiel. Restaurer l’accès équitable à l’eau, c’est restaurer la dignité humaine.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction







