Douala: le prix du maquereau aussi en hausse
(Consommation 4/4) Depuis le mois d’avril 2026, la flambée du prix de cette variété de poisson observée dans plusieurs villes du pays touche également les marchés de la capitale économique. Une situation qui inquiète autant les commerçants que les consommateurs.
Âgée de 32 ans, Marina, vendeuse de poisson à la braise depuis 4 ans à Logbessou dans l’arrondissement de Douala 5e, a été contrainte de suspendre ses activités depuis le 09 avril 2026, en raison d’une hausse brutale du prix du maquereau et à sa raréfaction sur le marché. Cette mère de trois enfants est devenue une spectatrice impuissante d’un phénomène inattendu. « Depuis le début du mois d’avril, le prix de cette variété de poisson a brusquement explosé. Au départ, je me suis dit que c’était une hausse passagère. Mais une semaine plus tard, le prix ne faisait que grimper et mes clients ont commencé à se faire rare car j’ai été contrainte à mon niveau d’augmenter les prix », confie Marina, ce mardi 05 avril 2026.
Comme elle, plusieurs commerçants font face aux mêmes difficultés. « Non seulement le prix du maquereau augmente, mais nous constatons aussi sa raréfaction sur le marché. Je ne parviens plus à m’en sortir », témoigne Carole Fokam, revendeuse de poisson. Daniel Djatcheu, gestionnaire d’une poissonnerie à Logpom, dans l’arrondissement de Douala 5e,
retrace l’évolution des prix. Entre 2015 et 2019, le carton de 20 kg de maquereau se vendait autour de 18 000 Fcfa. Mais avec la pandémie du Covid-19 et les différentes crises internationales, les prix ont fortement augmenté. « Depuis 2021, le kilo se négociait entre 1 200 et 1 300 Fcfa. Au début du mois d’avril 2026, tout a changé. Le prix du kilo est rapidement passé à 1 800, puis 2 000, ensuite 2 300 et même 2 600 Fcfa. Aujourd’hui, il oscille entre 2 000 et 2 300 Fcfa », explique, Daniel Djatcheu. Il ajoute que cette flambée des prix s’explique par le fait que le carton de 20 kg, vendu à 18 000 Fcfa il y a une dizaine d’années, coûte désormais 48 000 Fcfa. « Globalement, les prix de presque toutes les variétés de poisson ont augmenté.»
Selon l’économiste Aïcha Bouba, cette flambée des prix et la raréfaction du maquereau sur le marché camerounais s’expliquent principalement par des facteurs externes liés au commerce international. « Cette situation trouve son origine dans la crise géopolitique au Moyen-Orient, qui perturbe fortement les routes maritimes internationales. Depuis le début du mois de mars, les grandes compagnies de transport ont instauré des surtaxes dites de guerre pouvant atteindre environ 500 000 Fcfa sur les conteneurs réfrigérés à destination de l’Afrique », explique Aïcha Bouba. À ces surcoûts s’ajoutent toujours selon cette économiste les tensions dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz et le passage de Bab-el-Mandeb, entraînant des retards dans les livraisons et une hausse des primes d’assurance. « Dans ce contexte, c’est normal que les importations de poisson soient soit retardées, soit réduite sur le marché local », précise l’économiste.
Cette situation a des conséquences directes sur les habitudes alimentaires des ménages, désormais contraints de réduire leur consommation de poisson. « Depuis le début de cette hausse, je suis obligée d’en acheter moins, car les prix sont devenus hors de portée de mon budget. Avant, avec 1 500 F Cfa, je pouvais obtenir une quantité suffisante pour nourrir ma famille. Aujourd’hui, il faut quasiment le double pour la même quantité. Je me tourne donc vers des sources de protéines moins coûteuses », témoigne Larisa Mefack, mère de famille.
Cette hausse intervient dans un contexte de forte dépendance du Cameroun aux importations de produits halieutiques. Selon la Note de l’Institut National de la Statistique sur le commerce extérieur publiée en février 2026, le pays a importé plus de 267 000 tonnes de produits halieutiques en 2025, tandis que la production nationale est estimée à 241 500 tonnes d’après le ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia). Une quantité qui reste insuffisante pour couvrir une demande annuelle évaluée à près de 500 000 tonnes.
Face à cette dépendance, l’économiste Aïcha Bouba plaide pour une réponse structurelle. « Le Cameroun doit impérativement investir dans le développement de la production locale, notamment à travers la pêche industrielle et l’aquaculture. Cela permettrait non seulement de réduire la dépendance extérieure, mais aussi de stabiliser les prix et garantir une meilleure sécurité alimentaire », recommande-t-elle.
Hyacinthe TEINTANGUE







