Au marché : la viande de bœuf devient un luxe à Garoua

( 1/4 ) Dans la capitale régionale du Nord, considérée par le ministère de l’Élevage, des pêches et des industries animales comme le principal bassin bovin du pays avec près de 25 % de l’offre nationale, cet aliment se raréfie sur les étals et devient de plus en plus difficile à acheter.

Aminatou serre un billet de 2 000 Fcfa dans sa main. Ce 29 avril 2026, devant la boucherie du petit marché Yelwa, dans l’arrondissement de Garoua 2e, département de la Benoué, région du Nord, son regard passe d’un morceau de viande à l’autre. Elle n’arrive pas à se décider car autrefois,  « avec 2 000 Fcfa, j’avais un kilogramme de viande ; mais aujourd’hui avec cette somme, j’ai à peine de quoi parfumer le bouillon », lance dépitée cette mère de trois enfants.

A Garoua, l’un des plus grands bassins pastoraux du Cameroun où se concentre près de 25 % de la production bovine nationale, selon les données de la délégation régionale du ministère de l’Élevage des pêches et des industries animales (Minepia), la viande de bœuf disparaît progressivement des assiettes. Le kilogramme de viande avec os, vendu autour de 2 000 Fcfa jusqu’en nombre 2025, oscille aujourd’hui entre 2 300 et 2 500 Fcfa. Le « sans os », lui, dépasse souvent les 3 000 Fcfa.

Cette hausse brutale n’est pas fortuite. Depuis le début de la saison sèche, entre novembre et décembre 2025, l’activité des abattoirs a fortement ralenti dans plusieurs localités de la région du Nord. Selon des acteurs de la filière, le nombre de bœufs égorgés a d’abord chuté de moitié avant de s’effondrer davantage à partir de janvier 2026. Où les abattoirs traitaient autrefois entre 70 et 100 bœufs par jour, les chiffres sont tombés autour de 40 à 50 têtes en début de saison sèche. « Aujourd’hui, nous dépassons à peine 15 à 20 bœufs », confie Ousmanou, boucher.

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Sécheresse

La raison est visible partout autour de Garoua, avec la terre sèche, les pâturages jaunis ci et là, les mares presque vides. « Il n’y a plus d’herbe ici », souffle une actrice de la filière. Pour nourrir leurs troupeaux, de nombreux éleveurs quittent désormais les environs de Garoua pour remonter vers le département de Mayo-Rey et de la région de l’Adamaoua, à la recherche des zones plus humides. Cette longue transhumance épuise les animaux et augmente considérablement les coûts d’élevage. « Selon les itinéraires empruntés, ce déplacement représente environ 200 à 400 kilomètres parcourus depuis Garoua », soutient Ibrahim, un natif de Garoua. Conséquence directe, les prix du bétail flambent. Les bouchers expliquent qu’un bœuf acheté auparavant autour de 100 000 Fcfa coûte désormais entre 150 000 et 160 000 Fcfa. Certains animaux vendus autrefois à 200 000 Fcfa atteignent aujourd’hui 350 000 Fcfa. À ces dépenses s’ajoutent les taxes communales, les frais d’abattage et les droits de place, estimés à environ 11 000 Fcfa par animal. Une pression supplémentaire qui finit directement dans le prix payé par le consommateur.

Dans les « tourne-dos » du quartier Fulbere 3, les effets de cette crise sont visibles et ont des répercussions jusque dans les marmites. Mariam, qui nourrit chaque jour des moto-taximen et des porteurs au lieu-dit « Kilomètre 5 », soulève le couvercle d’un bouillon devenu plus clair qu’avant. « Si j’augmente le prix du plat, mes clients vont partir. Alors j’ai réduit les morceaux de viande. Avant, pour 500Fcfa, tu avais deux beaux morceaux de viande. Aujourd’hui, c’est un seul ». Même les fabricants de « Kilichi », cette viande de bœuf coupée en fines lamelles, assaisonnée aux épices locales puis séchée au soleil, peinent à suivre. Sous le soleil brûlant, Abdoulaye étale cette fine viande sur des nattes. « Pour éviter de vendre trop cher, nous coupons plus finement la viande », dit-il.

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Pour les autorités, plusieurs facteurs se croisent.  À la Délégation régionale du Commerce pour le Nord, la spéculation et l’attrait des marchés extérieurs sont mis en cause : « nous observons une fuite massive du bétail vers le Nigeria et d’autres pays voisins. Le commerçant préfère vendre là-bas en devises fortes. À cela s’ajoute la rétention de stocks par certains intermédiaires qui créent une rareté artificielle pour faire monter les enchères sur les marchés locaux », explique Alexi Atenga, chef service du suivi des activités du marché, à la délégation régionale du Mincommerce

​Du côté de la Délégation régionale du Minepia, l’analyse est plus technique et liée aux coûts de production : « l’éleveur subit de plein fouet la hausse des prix des tourteaux de coton et des produits vétérinaires. De plus, le changement climatique réduit les zones de pâturage. Pour engraisser un bœuf à Garoua aujourd’hui, cela coûte deux fois plus cher qu’il y a trois ans. Le prix sur l’étal n’est que le reflet de cette pression sur l’éleveur », précise Mme Roukayatou, déléguée départementale Minepia dans la Bénoué.

Fadimatou Boubakary

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