Engrais chimiques : le prix du sac augmente de 5000 Fcfa en un mois à l’Ouest
Cette hausse fragilise les petits producteurs et menace les rendements du maïs. Face à cette pression, certains agriculteurs se tournent désormais vers les fertilisants biologiques pour tenter de maintenir leur production.
Devant une boutique de produits phytosanitaires au « Marché B » de Bafoussam dans la Mifi à l’Ouest Cameroun, Henriette fouille nerveusement son sac noir. D’un air pesant, les yeux fixés sur le gérant, cette agricultrice de 54 ans tente de négocier le sac de 50 kg de 20-10-10, dont le prix est passé de 21 000 à 26 000 Fcfa en l’espace de 30 jours. Pour acquérir cet engrais vital pour son maïs, Henriette sort de sa sacoche des billets froissés et les compte avec soin. « Avec ça, je pensais prendre trois sacs. Finalement, je n’en aurai que deux ». Autour d’elle, les autres clients se rétractent. Certains repartent les mains vides, tandis que d’autres marchandent dans l’espoir d’un rabais qui ne viendra pas. « Les engrais sont rares. Les prix reflètent nos coûts d’achat », se justifie le vendeur, impuissant.
Fride V. dresse le même constat, venue spécialement pour s’approvisionner en urée, elle bute sur une réalité brutale : le sac de 50 kg, qu’elle achetait encore à 21 000 Fcfa en mars 2026, affiche désormais une hausse de plus de 5 000 Fcfa. Un bond inflationniste qu’elle a tenté de contourner en arpentant, en vain, les nombreuses boutiques de produits phytosanitaires qui jalonnent les artères de Bafoussam. Au bout de son marche, le verdict est resté le même, confirmant une flambée généralisée des prix sur le terrain.
Face à la flambée des prix des intrants chimiques en pleine saison des semailles, des agriculteurs de la région de l’Ouest se tournent vers des alternatives locales. Faute de pouvoir acheter de l’urée importée, Carlos T. affirme avoir recours aux fientes de porcs et de poules pour fertiliser son champ. De leur côté, certains producteurs déjà engagés dans le compostage et les engrais biologiques, comme Gildas Tayo, disent être moins affectés par cette hausse des coûts. Pour ce producteur de maïs, il devient urgent que « les travailleurs de la terre » s’orientent davantage vers l’agriculture biologique.
Un choc mondial, une douleur locale
Sur le marché local, les tensions autour des engrais trouvent leur origine dans les difficultés d’importation, explique Jean Toukea, grossiste. Il pointe notamment l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, qui perturbe le transport maritime et ralentit l’arrivée des cargaisons d’engrais au Cameroun. Une dépendance qui pèse lourd sur les finances du pays : selon Institut national de la statistique, les importations d’engrais ont coûté 173,9 milliards Fcfa entre 2021 et 2023. Pour Antoine Sonkeng, ingénieur agronome, cette flambée des prix représente une menace supplémentaire pour la sécurité alimentaire. « Sans engrais minéraux, les rendements du maïs, base de l’alimentation dans la région, pourraient chuter drastiquement », prévient-il. Une situation d’autant plus préoccupante que le Cameroun fait déjà face à un déficit structurel en maïs, avec une production annuelle estimée à 2,3 millions de tonnes pour des besoins évalués à 2,8 millions, soit un déficit d’environ 500 000 tonnes.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







