Crise du maïs : vers une suspension des importations pour sauver la filière locale
Face à l’effondrement des cours locaux et aux cris de détresse des agriculteurs, Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, a proposé à son homologue de l’Agriculture de geler immédiatement la délivrance des permis d’importation.
Le cri de cœur vient des bassins de production de la région de l’Ouest. À 42 ans, Joseph K. est un producteur broyé par la conjoncture. Depuis le mois de janvier 2026, ce maïsiculteur, qui cultive plusieurs hectares dans l’arrondissement de Galim, département des Bamboutos à l’Ouest, n’a pas vendu le moindre grain de sa récolte, pourtant évaluée à plus de 100 tonnes. Une situation due à une mévente sans précédent sur le marché local.
« Nous vivons une réalité indescriptible qui risque de plonger les producteurs dans le découragement le plus total », confie-t-il. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le sac de 15L de maïs est passé de 5 000 Fcfa en 2025 à seulement 1 500 F cfa en 2026. « C’est un danger de mort pour les agriculteurs qui veulent simplement vivre du fruit de leur labeur », s’alarme le quadragénaire. Pour lui, dans un contexte déjà asphyxié par la hausse des prix des engrais chimiques et une main-d’œuvre devenue rare et onéreuse, cette chute drastique des cours pourrait, à terme, déclencher une véritable crise alimentaire nationale.
L’arbitrage de Yaoundé : fermer les frontières
Face à la détresse du monde rural et aux stocks qui pourrissent dans les magasins, le gouvernement camerounais a décidé de réagir. Dans une correspondance officielle datée du 8 mai 2026 adressée à Gabriel Mbairobe, ministre de l’Agriculture et du développement rural (Minader), Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce (Mincommerce), a formellement proposé la suspension jusqu’à nouvel ordre de la délivrance des permis d’importation de maïs, afin de saturer le marché avec la production nationale en coupant le robinet des importations qui tirent les prix vers le bas.
Dans les coopératives de l’Ouest, cette annonce officielle est accueillie comme une bouée de sauvetage, même si le scepticisme demeure quant à la rapidité de la reprise. David Nzontui Njikam, directeur de la Société coopérative des maïsiculteurs de Njimom (Socomanji Coop-Ca) dans le Noun, salue une initiative indispensable pour protéger l’agriculture locale face à la concurrence déloyale des produits importés.
Le piège du court terme
Toutefois, le responsable reste lucide sur l’ampleur des dégâts. Le manque à gagner est déjà colossal et, selon lui, « la hausse des prix ne sera pas pour aussitôt ». Le directeur de la Socomanji insiste donc sur l’urgence d’une mise en application stricte et immédiate de cette directive ministérielle. C’est à ce prix, insiste-t-il, que le maïs camerounais pourra être sauvé d’une faillite généralisée.
Si le blocage des frontières permet de sauver immédiatement les revenus des maïsiculteurs locaux, Martin Kougouong, agroéconomiste, soutient qu’il doit impérativement s’accompagner d’un plan d’urgence de modernisation et de subvention des intrants. Sans quoi, prévient l’expert, le marché camerounais s’exposera à un effet redoutable, où la mévente actuelle des récoltes se transformera demain en pénurie généralisée et en flambée des prix des produits dérivés, à l’instar du secteur de l’élevage.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







