Henri Guemnu : l’enseignant retraité reconverti dans l’élevage du lapin
Cet ancien chef d’établissement scolaire de Bafoussam a réussi sa reconversion dans la cuniculture à Baleng. Entre passion, rentabilité et économie circulaire, son élevage de « chair blanche » fait vivre sa famille et séduit les agriculteurs bio de la région.
Devant le portail d’Henri Guemnu, non loin du Centre médical d’arrondissement de Baleng (La léproserie), une zone populaire de la Mifi région de l’Ouest Cameroun, un calme plat s’offre aux visiteurs. Mais une fois le seuil de la modeste bâtisse franchi, la concession s’anime. Un chien retenu par une chaîne scrute tout mouvement. Dans la cour, les autres animaux de la basse-cour s’abreuvent dans des bacs en béton. Les enclos se dévoilent. Les lapins installés dans des clapiers se régalent d’herbes fraîches et d’aliments composés. À l’approche du maître des lieux, les petits rongeurs s’agitent, saluant sa présence par de légers mouvements.
Depuis sa retraite en janvier 2026 après 36 années de services, cet ancien enseignant de sciences physiques a rompu avec la routine des salles de classe pour se consacrer à ses nouveaux alliés. « Quand je reviens après une sortie, j’ai envie de sentir qu’il y a de la vie dans la maison », confie-t-il avec sourire. Sa passion d’enfance est devenue une véritable source de revenus pour cet ancien principal d’un collège privé de la ville de Bafoussam. « Enseignant, je faisais déjà l’élevage des lapins, mais les responsabilités professionnelles m’obligeaient parfois à arrêter », explique ce père de famille pour qui la reconversion s’est faite tout naturellement. Il précise d’ailleurs que « la cuniculture est une question d’hygiène, il faut avoir du temps pour s’en occuper ».
Un marché local demandeur et rentable
Doté d’une grande force morale, il a su rentabiliser son affaire en conquérant le marché local, ce qui lui permet de générer des revenus estimés à plus de 200 000 F Cfa par mois. Particuliers, hôtels, supermarchés et restaurants de la place s’approvisionnent directement chez lui. Bien qu’il avoue avoir du mal à évaluer précisément ses marges, l’activité s’avère hautement lucrative. « Cet élevage me permet de gérer sereinement la scolarité des enfants. Ma fille et moi venons d’ailleurs de décider de faire un point comptable rigoureux dans les prochains jours pour évaluer nos gains exacts ». Il faut dire que la viande de lapin reste un produit prisé, vendue à 4 000 F Cfa le kilogramme, ce qui porte le prix d’une bête entre 8 000 et 10 000 F Cfa sur le marché.
Sa routine quotidienne est désormais bien huilée : nettoyer les clapiers, assainir la ferme, nourrir le cheptel et surveiller l’état de santé de chaque sujet. Une grande partie de ses journées est consacrée à la cueillette de fourrage. « Les lapins s’intéressent beaucoup aux feuilles. Nous leur donnons des aliments composés, mais il faut impérativement ajouter de la verdure pour permettre une bonne digestion », précise-t-il.
L’ambition du prix juste
Avec un cheptel actuel composé de huit reproductrices et de deux mâles, Henri Guemnu vend ses lapereaux dès l’âge de deux mois, au rythme d’une demande qui ne faiblit pas. « Il est difficile pour moi de maintenir un stock élevé tant le marché est demandeur. Je peux avoir 50 lapins aujourd’hui et ne plus en avoir un seul le lendemain », témoigne le cuniculteur. Face à ce succès, l’éleveur nourrit de grandes ambitions. Son but est « de regrouper un certain nombre de personnes autour de lui pour pouvoir ravitailler le marché à plus grande échelle ». Pour lui, la consommation de cette « chair blanche » diététique devrait être accessible à tous : « Le lapin est devenu très coûteux. Mon rêve est de pouvoir l’offrir à moindre coût afin que toutes les bourses puissent s’en procurer ». Au-delà de la viande, la force de la ferme de Henri Guemnu réside dans son modèle d’économie circulaire où la célèbre maxime scientifique de Lavoisier prend tout son sens : rien ne se perd, tout se transforme. « Dans l’élevage de lapins, tout s’exploite. Les crottes servent à nourrir les porcs, l’urine est vendue comme engrais et la peau est utilisée pour la fourrure. On ne jette absolument rien », s’enthousiasme le retraité.
Rien qu’avec la vente d’urine de lapin aux maraîchers locaux engagés dans la production bio, l’éleveur empoche régulièrement un bonus de 20 000 F Cfa par semaine. Judicaël K., un agriculteur de la ville de Bafoussam, l’utilise pour ses cultures de légumes destinées à la consommation domestique. Une formule naturelle qui, selon lui, offre un rendement bien supérieur aux engrais chimiques traditionnels.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







