Identification: 47 000 cartes nationales d’identité non retirées à l’Ouest
Ces pièces sont en souffrance dans les 34 postes d’identification de la région de l’Ouest. Entre difficultés d’accès au numérique, impatience des usagers et défis logistiques, le chantier de l’identification reste loin d’être achevé.
Au poste d’identification du commissariat central N°1 de Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest, le mardi 23 juin 2026, les files d’attente se forment dès les premières heures de la matinée. Parmi les usagers, certains viennent pour l’enrôlement physique, après le pré-enrôlement en ligne. D’autres y sont pour proroger les délais des récépissés de l’ancien système, dans l’espoir que leur Carte nationale d’identité (Cni) soit enfin établie . « C’est depuis plus de 5 ans que j’attends la Cni. Malgré les nombreuses requêtes introduites, ils me font croire que la carte est toujours en cours de production », lance Issa Moulu, en rangeant délicatement son récépissé usé par le temps. dans ses pièces personnelles.
Il n’y a pourtant plus d’espoir pour ce jeune de 34 ans de voir sa Cni délivrée sous l’ancien système. « À ce jour, les détenteurs de récépissés issus de l’ancien système feraient mieux d’introduire une nouvelle demande conformément aux procédures actuellement en vigueur », explique le Commissaire de police principal Yves Landry Ekobe , chef par intérim du Centre régional d’identification de l’Ouest. Il précise que « lors du déploiement du nouveau système d’identification, de nombreux usagers dont les demandes introduites sous l’ancien système étaient encore en attente de production ont pu bénéficier de l’établissement de leur Cni sous le format du nouveau système. » Le chef par intérim s’appuie sur une disposition légale : « La durée de validité réglementaire d’un récépissé de Cni est de trois mois renouvelables, alors que quatorze mois se sont déjà écoulés depuis l’entrée en vigueur du nouveau système d’identification, désormais exploité par un nouveau partenaire technique. »
Entre modernisation et fracture numérique
Si certains usagers attendent désespérément leur pièce, le constat inverse s’impose aussi : selon le Commissaire de police principal Ekobe Yves Landry, 47 000 cartes nationales d’identité produites restent à ce jour non retirées dans les 34 postes d’identification de la région. Parmi elles, figurent environ 20 000 cartes issues du nouveau système biométrique et près de 27 000 provenant de l’ancien dispositif.Si les populations urbaines s’approprient progressivement les procédures en ligne, la situation demeure plus complexe dans plusieurs localités rurales. « Beaucoup de personnes âgées ou peu familiarisées avec Internet ont encore besoin d’accompagnement pour effectuer le pré-enrôlement ou prendre un rendez-vous », reconnaît un agent d’identification.
Les défis techniques des centres d’enrôlement
Cette situation favorise parfois l’apparition des « apacheurs », ces intermédiaires qui proposent leurs services contre rémunération. Pourtant, le coût officiel de la carte reste fixé à 10 000 F Cfa, payable uniquement lors du pré-enrôlement. Dans les services d’identification, de nombreuses difficultés logistiques sont signalées au quotidien. Les responsables évoquent notamment les coupures récurrentes d’électricité, les pannes techniques et l’affluence quotidienne des usagers. « Notre principal défi est de gérer les attentes des populations tout en maintenant un service de qualité », explique Ekobe Yves Landry.
À cela s’ajoutent les dossiers complexes nécessitant des vérifications approfondies : cas de doubles identités, incohérences sur les actes de naissance ou absence de certaines pièces justificatives. Malgré ces contraintes, les autorités assurent poursuivre leurs efforts pour rapprocher les services des populations. Aujourd’hui, la quasi-totalité des arrondissements de la région dispose d’au moins un kit d’enrôlement.
Pour les responsables de l’identification, l’enjeu dépasse la simple délivrance d’un document administratif. « La carte nationale d’identité est un instrument de citoyenneté et de protection des droits. Chaque citoyen doit pouvoir l’obtenir et la retirer dans les meilleurs délais », rappelle le chef du Centre régional d’identification par intérim.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







