Intoxications alimentaires : 164 cas et 30 décès enregistrés au Cameroun en 2025
Les données de surveillance épidémiologique de 2025 révèlent de fortes disparités dans la répartition des cas sur le plan national, entre concentration dans certains districts et taux de létalité pouvant atteindre 100 % ailleurs.
Le 7 décembre 2025, cinq enfants sont morts à Mbeth II, arrondissement de Diang, département du Lom et Djérem, dans la région de l’Est, après avoir consommé du couscous accompagné du Mbôl. Ce drame, qui a également conduit à l’hospitalisation de 13 personnes, survient après une autre intoxication collective enregistrée en janvier 2025 à Paki, dans la même région. Au-delà de ces deux épisodes, les données du Bulletin épidémiologique du Cameroun de 2025, révèlent un phénomène plus large, entre les semaines épidémiologiques 1 et 52 de 2025, 164 cas d’intoxications alimentaires ont été notifiés, dont 30 décès, soit un taux de létalité de 18,3 %. Autrement dit, près d’une personne intoxiquée sur cinq n’a pas survécu au Cameroun en 2025.
Sur le plan national, les données de surveillance montrent que quatre districts sanitaires concentrent à eux seuls 140 des 164 cas recensés, soit 85,4 % des intoxications alimentaires enregistrées dans le pays. Le district de New-Bell, dans la région du Littoral, arrive largement en tête avec 90 cas, représentant à lui seul près de 55 % des cas nationaux. Il est suivi de Doumé (22 cas), Belabo (17 cas) et Abong-Mbang (11 cas), tous situés dans la région de l’Est. Si New-Bell enregistre le plus grand nombre de personnes intoxiquées, la région de l’Est concentre le plus grand nombre de décès, avec huit morts à Doumé (létalité de 36,4 %) et cinq à Belabo (29,3 %).
En revanche, les taux de létalité les plus élevés sont observés dans la région de l’Ouest. À Foumban et Mbouda, les trois personnes intoxiquées sont toutes décédées, portant la létalité à 100 % dans chacun de ces districts. Deux autres foyers recensés dans le district de Mifi affichent également des létalités élevées, de 75 % et 60 %.
Les investigations sanitaires montrent que les intoxications alimentaires recensées en 2025 sont associées à des aliments très variés, ce qui laisse penser qu’elles résultent de plusieurs facteurs. Dans le Centre, des cas ont été liés à la consommation de manioc fermenté avec de la sauce légumes (« tégué » ou « kelenkeleng ») et de sauce d’arachide accompagnée de manioc. Dans l’Est, les autorités soupçonnent notamment des résidus de pesticides sur du maïs ou du maïs-manioc, ainsi que des contaminations secondaires de repas traditionnels, auxquels s’ajoutent du poisson fumé, des feuilles de manioc et du miel sauvage. Dans l’Ouest, les flambées ont été associées à la consommation d’écrevisses ramassées en bordure de route, de couscous réchauffé, ou encore d’ignames issues d’un jardin familial. Dans le Littoral, des biscuits faisaient toujours l’objet d’investigations. « Cette diversité met en évidence plusieurs facteurs de risque qui sont la mauvaise conservation des aliments, la contamination chimique, des défauts d’hygiène, l’utilisation inappropriée des pesticides ou encore l’insuffisance du contrôle sanitaire des aliments commercialisés », analyse le Dr Paul Tassé, médecin généraliste, pour qui ces intoxications ne relèvent pas d’une cause unique mais d’une combinaison de pratiques à risque allant de la production à la consommation.
Les données disponibles ne permettent toutefois pas de déterminer si le phénomène est en progression, les précédents bulletins épidémiologiques ne présentant pas de statistiques nationales consolidées comparables sur les intoxications alimentaires. Elles montrent néanmoins que les flambées recensées en 2025 ont été particulièrement meurtrières dans plusieurs districts. Pour le Dr Paul Tassé, ces constats appellent à renforcer la surveillance sanitaire des aliments, à mieux encadrer l’utilisation des pesticides, à sensibiliser les populations aux bonnes pratiques d’hygiène et de conservation des aliments, ainsi qu’à améliorer la prise en charge rapide des personnes intoxiquées afin de réduire le risque de décès.
Mélanie Ambombo







