Cameroun-Congo : plus de 3 millions d’hectares de forêt perdus en 25 ans
Les deux pays continuent de perdre leurs forêts sous l’effet de l’expansion agricole et de l’exploitation forestière. Dans ce contexte, le Field Legality Advisory Group (FLAG) renforce la formation des administrations aux outils numériques de surveillance, dans l’espoir d’améliorer la traçabilité du bois et de mieux lutter contre l’exploitation forestière illégale.
Le Bassin du Congo, qui abrite le deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, continue de perdre son couvert forestier. Selon le World Resources Institute et Global Forest Watch, cette tendance est principalement alimentée par l’expansion agricole et l’exploitation forestière. S’étendant sur environ 184 millions d’hectares et stockant près de 30 milliards de tonnes de carbone, cette forêt joue pourtant un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, d’après le World Resources Institute.
Au Cameroun, les conséquences économiques de cette pression sont considérables. Le rapport Financial Secrets of the Forests, publié le 26 mai 2026 par la Financial Transparency Coalition (FTC), estime que le pays perd chaque année 289 millions de dollars américains, soit près de 167 milliards de FCFA, en raison des flux financiers illicites liés au commerce du bois. Dans la même veine, les données de Global Forest Watch montrent une perte de plus de 2 millions d’hectares de forêt entre 2001 et 2024. Sur la même période, la République du Congo enregistre également une diminution d’environ 1,2 million d’hectares de forêt, soit près de 5 % de son couvert forestier.
À l’échelle du bassin du Congo, les données de Global Forest Watch montrent qu’environ 780 000 hectares de forêt primaire ont disparu en 2024, soit l’équivalent de quatre fois la superficie de la ville de Douala. La République démocratique du Congo concentre à elle seule plus de 75 % de ces pertes, suivie du Cameroun. Dans ce contexte, les États d’Afrique centrale font face à un défi majeur qui est celui de contrôler des flux de bois souvent transfrontaliers et difficilement traçables.
C’est dans ce contexte que le Field Legality Advisory Group (FLAG) a lancé en 2022 un projet de renforcement de la collaboration transfrontalière entre le Cameroun et la République du Congo. L’objectif initial n’était pas de déployer immédiatement des opérations de contrôle sur le terrain, mais de renforcer les capacités des administrations forestières et judiciaires à travers des outils numériques de suivi. Depuis le lancement du projet, environ 100 agents et plus de 500 étudiants des écoles forestières ont été formés à l’utilisation de plateformes comme Open Timber Portal, Forest Atlas, Global Forest Watch ou encore SIGIF II. Ces outils permettent de croiser les permis d’exploitation, les concessions forestières et les alertes satellitaires afin de mieux détecter les irrégularités. Cependant, ces dispositifs restent encore en phase d’appropriation. FLAG estime que leur intégration effective dans les pratiques administratives nécessite un accompagnement supplémentaire.
C’est dans ce cadre qu’une phase d’extension de quatre mois a été lancée en avril 2026 et officiellement présentée en juin 2026 à Yaoundé. Elle vise principalement à renforcer la formation des enseignants des écoles forestières afin d’intégrer ces outils dans les curricula de formation des futurs agents de contrôle. « La phase d’extension représente bien plus qu’une simple prolongation technique. Quatre années de travail nous ont démontré que les outils technologiques, lorsqu’ils sont pleinement adoptés par les institutions, constituent de véritables catalyseurs de changement », a déclaré Horline Njike Bilogue Mvogo, secrétaire générale de FLAG.
Mélanie Ambombo







