Corridor Douala-Bangui-N’Djamena : 72 heures de blocage, près de 10 000 tonnes de fret retardées
Un accident impliquant trois camions sur la Route nationale n°10, dans la région de l’Est, a immobilisé des centaines de véhicules reliant le Cameroun aux pays voisins de la sous-région. Cette interruption intervenue du 8 au 10 juillet 2026, met en lumière la forte dépendance du Tchad et de la République centrafricaine à cet axe par lequel transitent chaque année plus d’un million de tonnes de marchandises.
Corridor Douala-Bangui-N’Djamena : 72 heures de blocage, plus de 10 000 tonnes de fret retardéesLe village Bidigue, dans l’arrondissement de Bebend, département du Haut-Nyong (région de l’Est), a vécu trois jours de paralysie totale du 8 au 10 juillet 2026. Sur plusieurs kilomètres, entre cette localité et Ayos, des centaines de camions gros porteurs chargés de marchandises en provenance de Douala, Yaoundé et Bafoussam, à destination des régions septentrionales du Cameroun, du Tchad et de la République centrafricaine (RCA), sont restés immobilisés. À ces poids lourds se sont ajoutés des bus de transport interurbain, des véhicules particuliers tous contraints de patienter dans des conditions difficiles. Dans le sens inverse, les camions venant de Bertoua, des régions septentrionales, du Tchad et de la RCA à destination de Yaoundé et Douala ont également été pris au piège.
« Je suis parti de Bafoussam à 6 heures hier (jeudi 9 juillet, NDLR) parce que je devais livrer un client de la République centrafricaine à Garoua-Boulaï ce matin (vendredi 10 juillet 2026, NDLR). Mais me voilà encore bloqué ici. Je n’arrive même plus à joindre mon client », se lamente Joseph Fopa, propriétaire d’un camion transportant des poussins et des œufs qui estime son manque à gagner à plus de 1,5 million de FCFA. À quelques mètres de là, un autre chauffeur, en provenance de Ngaoundéré et en direction de Yaoundé, s’inquiète pour son chargement de bœufs.
Un accident qui bloque une artère commerciale régionale
À l’origine de cette paralysie, une collision survenue dans la nuit du 9 au 10 juillet 2026 entre deux camions transportant des conteneurs sur la Route nationale n°10, à hauteur du village Bidigue. L’accident a été aggravé par la présence d’un troisième camion immobilisé sur la chaussée depuis le 6 juillet. Les trois poids lourds ont ensuite pris feu, obstruant complètement la voie sur ce corridor stratégique reliant le Cameroun à certains pays de la sous-région CEMAC.
Selon les statistiques 2022 du ministère des Transports, basées sur les données du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), les corridors Douala-Bangui et Douala-N’Djamena constituent des axes majeurs d’acheminement des marchandises en Afrique centrale. Sur cette période, le corridor Douala-N’Djamena a enregistré environ 879 470 tonnes de fret, tandis que celui reliant Douala à Bangui a supporté près de 445 549 tonnes de marchandises. Rapportés à une moyenne quotidienne, ces volumes représentent environ 3 600 tonnes de marchandises transportées chaque jour sur ces deux axes stratégiques. Ainsi, la paralysie du trafic observée à Bidigue, soit environ trois jours de perturbation, correspond potentiellement à plus de 10 000 tonnes de marchandises dont l’acheminement a pu être retardé.
Selon la Banque mondiale, plus de 80 % du commerce extérieur centrafricain transite par le corridor Douala-Bangui, long de plus de 1 400 kilomètres. « La section Est du corridor est stratégique parce qu’elle constitue un carrefour de tous les corridors : Douala-Bangui, Douala-N’Djamena, Bangui-Berberati et Congo. C’est le poumon économique de la sous-région », soutient Moussa Yaya, responsable régional du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT). Selon lui, près de 700 camions en transit circulent quotidiennement dans la région de l’Est.
Des pertes matérielles importantes
Selon un constat établi par la brigade territoriale de gendarmerie d’Atok, l’un des conteneurs détruits dans l’incendie transportait des médicaments évalués à plus de 25 millions de FCFA. Les trois camions calcinés représentent également une perte considérable. Alain Mamoun, transporteur et expert automobile, estime leur valeur à plus de 150 millions de FCFA. « Chacun de ces camions coûte au moins 80 millions de FCFA à l’achat. En tenant compte d’un amortissement de 50 %, on peut estimer qu’ils valaient encore environ 40 millions de FCFA chacun au moment de l’accident, puisqu’ils étaient toujours en activité », explique-t-il.
Face à la multiplication des accidents sur la Route nationale n°10, le gouverneur de la région de l’Est a présidé, le 20 juillet 2026, une réunion de crise au cours de laquelle il a annoncé des sanctions contre les auteurs de stationnements abusifs sur cet axe stratégique. Mais pour Bernard Gaétan Bangda, coordonnateur de Moabi Think Tank, l’accident de Bidigue révèle des insuffisances plus profondes dans le dispositif de prévention et de gestion des risques.
Sébastian Chi Elvido, à l’Est







