Cacao : les changements climatiques fait chuter les rendements à l’Est

Selon les producteurs, les dérèglements climatiques bouleversent les calendriers agricoles et fragilisent les rendements cacaoyers. Ils évoquent des pertes pouvant atteindre 50 %, sur fond de contraintes structurelles persistantes.

« L’impact des changements climatiques sur la production est réel. Les saisons ne sont plus programmées comme avant », témoigne Jérôme Apedeme, producteur dans le Lom-et-Djerem, région de l’Est. Selon lui, les calendriers agricoles traditionnels ne permettent plus d’anticiper correctement les travaux dans les plantations. « On ne sait plus quelle activité mener et à quel moment parce que le climat et même le comportement des insectes ont changé », explique-t-il. Cette désorganisation affecte directement les rendements. Jérôme Apedeme estime ainsi la baisse de sa production entre 30 % et 40 % en 2026.

À Yokadouma, dans la Boumba-et-Ngoko, le constat est encore plus préoccupant. Rémy Kamba, producteur depuis 1980, observe une mortalité croissante des cacaoyers. « Depuis 2018, on a constaté que les vieux et même les jeunes cacaoyers meurent beaucoup », affirme-t-il. Selon lui, le phénomène s’est accentué entre 2022 et 2025, notamment avec l’aggravation des épisodes de sécheresse. « Dans mon exploitation de 22 hectares, j’ai déjà perdu 4 hectares à cause du climat », explique le producteur. Cette situation s’est également traduite par une forte baisse de sa production. Son rendement est passé de 30 tonnes à moins de 15 tonnes ces dernières années.

Les données de la Société de développement du cacao (SODECAO) montrent une production régionale irrégulière au cours des dernières campagnes. Après un recul, la filière a connu un redressement, avant d’enregistrer un rebond lors de la campagne 2024-2025.

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Ce rebond ne dissipe toutefois pas les inquiétudes des producteurs. Les variations de température et de pluviométrie continuent de perturber le cycle du cacaoyer et de compliquer la planification des activités agricoles. Une étude publiée le 15 juin 2023 dans la revue scientifique Frontiers in Climate, intitulée « Assessment of the impact of climate and non-climatic parameters on cocoa production : a contextual analysis for Cameroon », établit un lien entre les variations climatiques et celles de la production cacaoyère au Cameroun. À partir de données couvrant la période 1961-2021, les chercheurs Eric Bomdzele Jr. et Ernest L. Molua montrent notamment que la température et les précipitations figurent parmi les facteurs qui influencent l’évolution de la production. Leur analyse conclut également à des effets négatifs de plusieurs paramètres climatiques sur la production à long terme.

Pour Boble Dob, président de la Coopérative des producteurs du cacao-café du Lom-et-Djerem, qui compte 150 membres, les difficultés ne se limitent pas aux conditions météorologiques. « On ne maîtrise plus à quel moment la pluie arrive ou à quel moment elle s’en va. Tout le calendrier est bouleversé », regrette-t-il. Pour les producteurs, cette incertitude rend plus difficile la conduite des plantations. Les périodes de floraison, d’entretien ou de traitement ne correspondent plus toujours aux repères traditionnellement utilisés. À ces perturbations s’ajoute le problème du renouvellement générationnel dans les plantations. « Beaucoup ne connaissent ni les activités, ni les itinéraires techniques », déplore le président de la coopérative. Le changement climatique vient ainsi aggraver des contraintes déjà présentes dans les bassins de production de l’Est. Les producteurs évoquent notamment l’enclavement des zones cacaoyères et la faible maîtrise des techniques culturales.

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L’insuffisance des semences, l’origine incertaine du matériel végétal, ainsi que les maladies et les ravageurs contribuent également à fragiliser les exploitations. Les agronomes de la délégation régionale de l’Est de l’Agriculture, évaluent le déficit annuel à plus de 95 000 tonnes. Face à ces contraintes, le renouvellement des plantations apparaît comme l’une des priorités. La SODECAO développe notamment la production de plants et l’encadrement technique des producteurs.

Sébastian Chi Elvido, à l’Est

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