PAPSS et ZLECAf : LA FORMULE POUR RÉDUIRE LE DÉFICIT DE 2 004 MILLIARDS ?
Avec un déficit commercial abyssal qui a franchi la barre historique des 2 004 milliards de FCFA, la balance commerciale du Cameroun étouffe sous le poids des importations et de la dépendance aux devises occidentales. Face à cette urgence économique, l’intégration officielle de la BEAC au Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS) apparaît comme le levier de rupture tant attendu. En permettant aux entreprises camerounaises de régler leurs échanges en monnaies locales à travers la ZLECAf, ce dispositif ne se contente pas de moderniser les flux : il s’attaque directement aux causes structurelles de ce déficit de plus de 2 000 milliards. Décryptage d’un séisme financier qui s’apprête à redéfinir la compétitivité du « Made in Cameroon ».
PAPSS et ZLECAf : LE BRAS ARMÉ DE L’INTÉGRATION MONÉTAIRE AFRICAINE
Qu’est-ce que le PAPSS ?
Développé par la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank), le PAPSS est une infrastructure de marché financier centralisée qui permet le traitement, la compensation et le règlement instantanés des paiements transfrontaliers en monnaies locales à travers l’Afrique.
Sa place stratégique dans le dispositif ZLECAf
La ZLECAf ambitionne de créer un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs. Cependant, libérer les marchandises ne suffit pas si l’argent reste bloqué par les frontières monétaires. L’Afrique compte environ 42 devises différentes. Le PAPSS a ainsi été adopté par l’Union Africaine (UA) comme l’un des cinq instruments opérationnels indispensables pour matérialiser la ZLECAf, agissant comme le système circulatoire sanguin de ce grand corps commercial.
[Importateur Camerounais (CFA)] ──> [Banque Camerounaise]
│
(PAPSS en < 120s)
▼
[Fournisseur Nigérian (Naira)] <── [Banque Nigériane]
LES BÉNÉFICES À L’ÉCHELLE PANAFRICAINE : DES MILLIARDS DE DOLLARS ÉCONOMISÉS
Le déploiement du PAPSS à l’échelle du continent génère des avantages macroéconomiques majeurs :
Réduction drastique des coûts : selon les données d’Afreximbank, le PAPSS permet de réduire les coûts de transaction de 40 % à 50 % à court terme, voire jusqu’à 90 % à terme en éliminant les frais de change intermédiaires.
Économie massive de devises : le système permet à l’Afrique d’économiser plus de 5 milliards de dollars par ans en frais de courtage et opérations de change vers l’extérieur.
Souveraineté financière : en limitant l’utilisation du dollar pour le commerce de proximité, le continent renforce la valeur de ses propres monnaies et se protège des chocs inflationnistes mondiaux.
UNE TECHNOLOGIE DE CLASSE MONDIALE : SÉCURITÉ, ROBUSTESSE ET EFFICACITÉ ÉPROUVÉES
La confiance des opérateurs repose sur l’infrastructure technologique de pointe du PAPSS :
Standard ISO 20022 : le système adopte la norme mondiale la plus stricte en matière de messagerie financière. Elle garantit une interopérabilité totale entre les banques traditionnelles, les banques centrales et les Fintechs.
Le Système de Paiement Instantané (IPS) : une architecture capable de traiter des volumes massifs d’opérations en temps réel (24h/24 et 7j/7) avec une confirmation de transaction irrévocable en moins de deux minutes.
Sécurité et conformité automatisées : le PAPSS intègre nativement des protocoles de screening en temps réel pour la lutte contre le blanchiment des capitaux (AML), le financement du terrorisme (CFT) et le respect des sanctions internationales, minimisant ainsi les risques de fraude sans ralentir le commerce.
LE DÉFICIT COMMERCIAL DU CAMEROUN : RADIOGRAPHIE D’UN MAL STRUCTUREL
Le Cameroun fait face à un déficit commercial persistant. Les importations de produits finis surclassent systématiquement les exportations de matières premières, créant un besoin constant et asphyxiant de devises étrangères (Euro, Dollar) pour solder les comptes nationaux.
Les causes majeures du déficit :
Une dépendance excessive aux importations : une forte demande en produits manufacturés, biens d’équipement et denrées alimentaires (riz, blé, poisson).
La fuite des capitaux liée aux coûts financiers : le coût exorbitant des transactions de change hors-Afrique pèse lourdement sur la balance des services.
L’enclave monétaire régionale : Bien que le Cameroun ait entamé des exportations pilotes dans le cadre de l’Initiative de commerce guidé de la ZLECAf (notamment via des GIC exportant du thé ou des produits agricoles transformés), les difficultés de règlement freinaient le passage à l’échelle industrielle.
COMMENT LE PAPSS VA CONCRÈTEMENT RÉDUIRE LE DÉFICIT COMMERCIAL CAMEROUNAIS ?
L’activation du PAPSS au Cameroun offre des leviers directs pour rééquilibrer la balance commerciale nationale :
- Compétitivité prix accrue pour les exportateurs camerounais : en éliminant les intermédiaires occidentaux, les exportateurs camerounais réduisent leurs coûts de transaction. Leurs produits (pâte de cacao, café, caoutchouc, articles textiles, emballages) deviennent mécaniquement moins chers et plus compétitifs sur les marchés nigérian, ghanéen ou kényan.
- Préservation des réserves de change de la BEAC : en effectuant le commerce intra-africain en Francs CFA, le Cameroun réduit sa dépendance au Dollar américain. La Banque Centrale (BEAC) n’a plus besoin de puiser dans ses précieuses réserves de devises pour financer les importations africaines, libérant ces ressources pour stabiliser l’économie et rembourser les dettes souveraines libellées en devises fortes.
- Intégration et boost des PME locales : Les petites et moyennes entreprises camerounaises, autrefois exclues du commerce transfrontalier en raison de la rareté et de la complexité d’accès aux devises, peuvent désormais exporter facilement. Le cycle d’exploitation et la trésorerie des PME s’accélèrent (paiement reçu en 120 secondes au lieu de 5 jours), stimulant la production locale orientée vers l’exportation.
CONCLUSION : Le plan d’action pour transformer l’essai
Le PAPSS n’est plus un projet lointain, c’est une réalité réglementaire depuis l’intégration de la BEAC en août 2026. Pour que cet outil devienne un véritable accélérateur économique à très court terme, les autorités camerounaises doivent impérativement mener trois actions urgentes :
- Accélérer le raccordement technique des banques : le ministère des Finances et la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) doivent inciter fermement toutes les banques commerciales camerounaises à achever leur intégration technique au réseau PAPSS pour ouvrir le service aux guichets.
- Lancer une campagne nationale de vulgarisation : le ministère du Commerce, en partenariat avec la Chambre de Commerce (CCIMA) et le GICAM, doit organiser des ateliers pratiques pour former les PME, les start-ups et les grands groupes à l’utilisation de la plateforme.
- Harmoniser les procédures douanières et fiscales : le déploiement numérique du PAPSS doit s’accompagner d’une dématérialisation totale des certificats d’origine ZLECAf aux frontières terrestres et portuaires du Cameroun pour garantir une chaîne logistique aussi rapide que le paiement financier.
Le levier financier est désormais disponible. Il appartient désormais aux acteurs économiques camerounais de s’en saisir pour transformer le « Made in Cameroon » en un moteur de croissance continental.
Un décryptage de SOB. AMYN FOUEJEU
N.B : texte de l’auteur ; liens hypertextes ajoutés par la rédaction







