Féminicides au Cameroun : Mandela Center International donne 60 jours à l’État

Face à la multiplication des meurtres de femmes, Mandela Center International hausse le ton. L’organisation dénonce l’insuffisance des réponses publiques et judiciaires et donne 60 jours au gouvernement camerounais pour prendre des mesures concrètes. À défaut, elle menace de saisir les mécanismes africains et internationaux de protection des droits humains.

Le 1er avril 2026, le tribunal de grande instance du Wouri rendait son verdict dans l’affaire Diane Yangwo. Cette mère de trois enfants était décédée en novembre 2023 après avoir reçu des coups de son époux. Poursuivi pour « coups mortels », celui-ci a été condamné à cinq ans d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 52 000 F CFA. Pour des acteurs de la société civile engagés contre les violences faites aux femmes, il s’agit d’un « verdict de la honte ». Une appréciation qui traduit, selon Mandela Center International, le malaise grandissant autour de la réponse judiciaire aux violences meurtrières faites aux femmes.

L’organisation estime que cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Selon les chiffres qu’elle cite, le Cameroun a enregistré 56 féminicides en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025, soit 200 cas en trois ans. Au premier trimestre 2026, 26 nouveaux cas auraient déjà été recensés. La société civile aurait, de son côté, comptabilisé 53 féminicides entre janvier et juillet 2026, dont sept victimes âgées de 10 à 22 ans qui auraient été abusées sexuellement avant d’être tuées.

À ces chiffres s’ajoutent plusieurs affaires particulièrement violentes. Pour Mandela Center International, la multiplication de ces affaires est aggravée par l’absence d’un mécanisme national permettant de disposer de statistiques harmonisées. Les chiffres disponibles varient selon les sources, rendant difficile l’évaluation précise du phénomène et, par conséquent, la mise en place de politiques publiques adaptées.

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L’ONG critique également la réponse institutionnelle. Le gouvernement a annoncé la création d’environ 100 structures d’accueil temporaire, le déploiement progressif des « Gender Desks » et des « Child Desks », une ligne d’assistance ainsi que la formation de magistrats, avocats et forces de sécurité. Des initiatives que Mandela Center juge toutefois insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.

60 jours pour agir

Autre point soulevé : le féminicide n’est pas une infraction autonome dans le droit camerounais. Les meurtres de femmes sont généralement poursuivis sous les qualifications d’homicide ou d’assassinat, sans prise en compte spécifique de la dimension sexiste ou conjugale du crime. Une insuffisance également reconnue par Mélaine Fongag, membre de l’association de lutte contre les violences basées sur le genre. Elle appelle à la mise en place d’« une loi spécifique aux féminicides dans notre pays afin de sensibiliser par des décisions de justice ». Selon elle, « c’est un impératif pour l’Etat d’apporter des solution concrète à ce phénomène, à travers des sanctions exemplaire ».

L’organisation rappelle que le Cameroun a ratifié plusieurs instruments de protection des droits des femmes, notamment la CEDAW et le Protocole de Maputo. Elle estime que l’État doit agir avec diligence pour prévenir les violences, protéger les victimes et garantir une justice effective. Mandela Center International fixe donc un délai de 60 jours au gouvernement pour prendre des mesures « concrètes, vérifiables et publiquement rapportées ». Passé ce délai, l’organisation menace de saisir les mécanismes des Nations unies et de l’Union africaine compétents en matière de droits des femmes.

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Aurélien Kanouo Kouénéyé

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