Insécurité : 108 personnes tuées en un mois dans l’Extrême-Nord
L’Extrême-Nord du Cameroun continue d’enregistrer des incidents liés aux violences des groupes armés, faisant de nombreuses victimes, selon les données de l’ACLED. Concentrées principalement dans les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari, ces attaques affectent également les activités agricoles et les moyens de subsistance des populations, particulièrement dans les zones frontalières avec le Nigeria.
Les attaques perpétrées par Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS) et par l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) continuent d’avoir des répercussions dans la région de l’Extrême-Nord Cameroun. Entre le 01 juillet et le 25 août 2026, le JAS a multiplié les incursions transfrontalières contre les civils et les positions militaires, notamment dans les départements du Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari. Selon Fews Net dans son rapport de la mise à jour du 3 septembre 2026 sur la sécurité alimentaire au Cameroun, l’ACLED a ainsi recensé environ 204 incidents et 108 décès, au cours de cette période.
Selon Denis Ze, consultant et chercheur en questions humanitaires, la véritable urgence est désormais d’empêcher que l’insécurité ne s’installe durablement dans les zones frontalières. « Tant que les populations continueront de considérer que leur sécurité et leurs moyens de subsistance sont menacés dans les zones frontalières, les groupes armés disposent d’un environnement favorable à leur implantation.», souligne Denis Ze.
D’après les informations relevées par FEWS NET, le JAS a profité de la porosité des frontières et du manque de coordination entre les forces de sécurité camerounaises et nigérianes pour échapper à la pression militaire. Cette situation coexiste toutefois avec une coopération croissante entre les populations locales et les forces de sécurité. À la mi-juillet, des agriculteurs ont ainsi donné l’alerte, permettant de déjouer l’infiltration d’un groupe du JAS dans le village de Tourou, dans Mayo-Tsanaga.
À cet effet, les représailles contre les communautés perçues comme collaborant avec l’armée se sont intensifiées. De nombreux agriculteurs des zones frontalières limitent désormais leurs déplacements et leurs activités agricoles par crainte de représailles, avec des conséquences directes sur les travaux des champs et les cultures en cours. Les villages abritant des avant-postes militaires, notamment Kolofata, Kerawa, Amchidé, Limani, Tourou, Fotokol, Makary, Hile-Alifa, Goulfey et Blangoua, sont particulièrement exposés aux représailles des insurgés.
Selon Gildas Meva’a, économiste, les 108 décès recensés sur une période de deux mois en 2026 ne représentent qu’une partie du coût réel du conflit. Les conséquences de l’insécurité sont tout aussi lourdes pour les populations, car elles fragilisent directement les moyens de subsistance des ménages ruraux. « Lorsqu’un agriculteur réduit ses déplacements ou renonce à aller à son champ par peur d’une attaque, ce n’est pas seulement sa sécurité qui est affectée. C’est toute la chaîne alimentaire locale qui en pâtit », souligne Gildas Meva’a. Pour lui, le défi ne consiste pas seulement à contenir les attaques, mais aussi à restaurer durablement la confiance des populations, à sécuriser leurs moyens de subsistance et à empêcher que la peur ne réduise progressivement les activités économiques dans les zones frontalières.
Hyacinthe TEINTANGUE







