investissements publics: le Cameroun perd 50% de son potentiel.
Le Cameroun dépense, mais ne transforme pas toujours ses investissements en résultats à la hauteur des ressources mobilisées. La Banque africaine de développement chiffre à 50 % le gap d’efficience des investissements publics, un déficit que le pays pourrait réduire sans nécessairement augmenter ses dépenses.
Le Cameroun pourrait améliorer significativement les résultats de ses investissements publics sans nécessairement mobiliser davantage de ressources. Une meilleure utilisation des fonds déjà engagés permettrait de produire davantage d’infrastructures et de capital productif. C’est l’un des constats du Rapport pays 2026 – Cameroun de la Banque africaine de développement (BAD), intitulé : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Cameroun dans un monde fragmenté ».
Selon le rapport, le score d’efficience des investissements publics est de 50 %, soit un gap d’efficience de 50 %. La BAD compare ce niveau à celui de l’Égypte et de l’île Maurice, dont le gap est présenté à 0 %, et du Gabon, à 27 %. Elle estime que le Cameroun pourrait améliorer jusqu’à 50 % les résultats de ses infrastructures en se rapprochant des meilleures pratiques de planification, de sélection et d’exécution des projets.
Ce chiffre ne signifie pas que 50 % des fonds publics sont détournés. « Ce constat ne signifie pas que 50 % des fonds publics sont détournés. Il s’agit d’un indicateur d’efficience qui mesure la capacité des investissements à produire du capital et des infrastructures correspondant aux ressources mobilisées », précise l’économiste Pierre Merlin Kuété.
Des projets qui tardent à aboutir
Pour la BAD, l’une des principales difficultés se situe dans l’exécution des projets. Le rapport relève notamment « le retard persistant dans l’exécution des projets d’investissements publics sur ressources externes ». Les partenariats public-privé (PPP) illustrent également ces difficultés. Dans les universités, six projets sur six tentatives n’ont pas abouti. À la Communauté urbaine de Douala, neuf projets sur onze n’ont pas abouti, tandis que dans les ministères, huit dossiers sur onze accusent des retards.
Ces contre-performances interviennent alors que le Cameroun entend accroître le recours aux PPP. Selon la Stratégie nationale de financement intégré (SNFI) 2025-2030, ces projets devraient contribuer à accroître le besoin de financement de l’État de 3,4 % du PIB en moyenne sur 2024-2026, jusqu’à 5 % du PIB en 2026, contre 0,5 % en 2022.
Pour Pierre Merlin Kuété, l’amélioration de l’impact des PPP passe notamment par « la rapidité dans les procédures administratives ». La BAD relève par ailleurs des faiblesses dans les systèmes de gestion des finances publiques, notamment le manque d’interopérabilité entre COLEPS, PATRIMONY et PROBMIS, ainsi que l’absence d’un système électronique de gestion du plan de trésorerie.
Au-delà du volume des ressources mobilisées, le rapport pose ainsi la question de leur transformation en résultats. Pour le Cameroun, soutient l’économiste « l’enjeu est désormais de savoir combien de projets budgétisés produisent effectivement les infrastructures et services attendus ».
Aurélien Kanouo Kouénéyé







