Peste porcine africaine : de nouveaux foyers inquiètent les éleveurs à l’Ouest
Cette résurgence épidémique confirmée à Banka et Bafang dans le Haut-Nkam menace de déstabiliser une filière stratégique, déjà fragilisée par l’explosion des prix des intrants.
L’inquiétude gagne progressivement les élevages porcins de la région de l’Ouest, après la confirmation par Diyen Jam Lawrence, préfet du Haut-Nkam, de l’apparition de nouveaux foyers de peste porcine africaine (Ppa) dans les arrondissements de Banka et de Bafang. « La période est assez critique avec les pluies », alerte Nguetchouessi Souop, président de l’interprofession porcine de l’Ouest. Face à cette épizootie, caractérisée par « une mortalité pouvant atteindre 100 % chez les animaux infectés en seulement quelques jours », selon le Dr Jonas Temwa, médecin vétérinaire, seul le respect strict des mesures de biosécurité va permettre d’éviter toute propagation de cette maladie virale, très contagieuse chez les porcins.
Cette annonce, faite le 22 juin 2026, ravive le souvenir de l’épizootie de 2021. Selon les chiffres de la délégation régionale de l’Élevage, des pêches et des industries animales (Minepia), près de 90 000 porcs avaient péri ou avaient été abattus dans la région, soit près du quart d’un cheptel estimé à 400 000 têtes. Les pertes économiques avaient alors durement affecté des milliers d’éleveurs.
Depuis, la filière s’était progressivement relevée, d’après Bernard Nguetchouessi Souop, président de l’interprofession porcine de l’Ouest. Avec l’appui du Minepia, une centaine de reproducteurs à haut potentiel génétique avaient été introduits afin d’améliorer les performances des élevages. Pour le Dr Jonas Temwa, cette relance repose en grande partie sur le respect des règles d’hygiène et de biosécurité dans les exploitations.
Mais cette nouvelle alerte intervient dans un contexte économique particulièrement difficile. En quelques années, le prix des principaux aliments destinés aux porcs a fortement augmenté. Le kilogramme de maïs est passé de 180 à 280 F Cfa, le sac de soja de 14 000 à 19 000 F Cfa, tandis que certains concentrés ont plus que doublé de prix. Une hausse qui réduit déjà les marges des producteurs et limite parfois les investissements consacrés à la désinfection des élevages. À Bafoussam, Joseph Tsogwi en mesure les conséquences. Cet ouvrier boulanger, qui développe un élevage porcin pour compléter ses revenus, affirme avoir récemment perdu quatre truies en gestation. « Chaque perte représente plusieurs mois d’investissement. Quand les aliments coûtent plus cher et que la maladie s’invite dans les élevages, c’est tout le travail d’une famille qui est menacé », confie-t-il.
Pour Bernard Nguetchouessi Souop, la lutte contre la maladie doit s’accompagner d’un soutien économique aux producteurs. Il plaide notamment pour la mise en œuvre effective des mesures d’accompagnement annoncées par les pouvoirs publics afin d’aider les éleveurs à faire face à la hausse des intrants. Avec une production régionale estimée à près de 40 000 tonnes, l’Ouest demeure l’un des principaux bassins d’approvisionnement du Cameroun en viande porcine. Ses élevages alimentent plusieurs régions du pays ainsi que certains marchés de la sous-région. Pour préserver cette filière stratégique, les autorités recommandent le respect des quarantaines, la limitation des mouvements d’animaux, la désinfection systématique des exploitations et le signalement immédiat de toute mortalité suspecte. Les prochains jours seront déterminants pour contenir ces nouveaux foyers et éviter une propagation de la maladie.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







