VISAS FRANCE : LE RÊVE QUI RUINE LES KAMERUNAIS

Pour des milliers de Kamerunais, obtenir un visa pour la France relève moins d’une procédure administrative que d’une loterie coûteuse. Derrière les files d’attente, les rendez-vous arrachés à prix d’or et les dossiers soigneusement reliés, se cache une mécanique extrêmement rentable pour l’État français et particulièrement ruineuse pour des candidats déjà fragilisés économiquement. Pendant que certains voient leur rêve d’Europe s’envoler, d’autres encaissent des milliards sans jamais avoir à rsendre des comptes.

 Le business du rêve français

La France demeure la destination privilégiée de nombreux Kamerunais : études, tourisme, regroupement familial, soins médicaux ou simples visites familiales. En 2024, plus de 31 000 demandes de visa ont été introduites par des Kamerunais. Parmi elles, environ 10 700 ont essuyé un refus. Or, chaque demande coûte entre 59 000 et 75 000 francs CFA, des frais non remboursables, même lorsque le dossier est rejeté. Faites rapidement le calcul : plusieurs centaines de millions de francs CFA sont ainsi absorbés chaque année dans une procédure où l’échec est fréquent et où le demandeur repart souvent sans véritable explication compréhensible.

Le visa est devenu une industrie silencieuse. Une économie parallèle du désespoir et de l’espérance. Comme le disait l’écrivain sénégalais Felwine Sarr : « l’Afrique exporte sa jeunesse et importe ses humiliations. » Des motifs de refus parfois flous et décourageants. Les raisons avancées par les services consulaires sont multiples : ressources financières insuffisantes, doute sur la volonté de retour au Cameroun, dossier incomplet, faux documents, objet du voyage mal justifié, assurance non conforme ou encore projet d’étude jugé peu crédible. Sur le papier, ces critères paraissent logiques. Dans la pratique, ils donnent parfois le sentiment d’un pouvoir discrétionnaire absolu.

Deux candidats présentant des profils similaires peuvent recevoir des décisions totalement opposées. Un étudiant admis dans une université française peut être recalé pour « manque de cohérence du projet ». Un époux légalement marié peut être soupçonné de vouloir immigrer clandestinement. Une commerçante disposant de revenus corrects peut être jugée « insuffisamment stable ». Le plus frustrant demeure souvent le caractère mécanique des réponses. Quelques lignes standardisées suffisent à briser des projets familiaux, académiques ou professionnels construits pendant des mois.

Le recours : un droit théorique pour pauvres sans défense

Face à un refus, les textes prévoient pourtant des recours. Le demandeur peut saisir la Commission de recours contre les décisions de refus de visa, puis éventuellement le tribunal administratif de Nantes, en France. Mais comment un Kamerunais vivant à Douala,Garouaou Bafoussam peut-il réellement engager une telle procédure ? Il faut rédiger des mémoires juridiques, respecter des délais stricts, envoyer des documents en France, suivre un dossier à distance, parfois engager un avocat français dont les honoraires dépassent souvent les moyens du demandeur. En théorie, le droit existe. En réalité, il demeure inaccessible à la majorité. Le visa devient alors une condamnation sans appel. Le pauvre paie, subit et se tait.

Une relation déséquilibrée entre fascination et dépendance

Le plus troublant dans cette affaire reste peut-être notre propre rapport à la France. Malgré les humiliations répétées, les refus massifs et les soupçons systématiques, des milliers de Kamerunais continuent de considérer le visa français comme un trophée social. On vend des terrains, on contracte des dettes, on multiplie les démarches, parfois au détriment d’investissements locaux plus utiles. Le rêve français continue d’exercer une attraction presque mystique. Cette dépendance psychologique nourrit un système où le demandeur se présente déjà en position d’infériorité. Et tant que la France restera perçue comme l’horizon ultime de la réussite sociale, le marché du visa continuera de prospérer.

Sortir de la fascination

La véritable question n’est peut-être plus de savoir pourquoi la France refuse autant de visas, mais pourquoi nous acceptons collectivement de nous soumettre à un système aussi coûteux et humiliant. Un État défend naturellement ses intérêts migratoires. C’est son droit souverain. Mais un peuple doit aussi apprendre à défendre sa dignité. Le Kamerun ne pourra jamais construire une jeunesse ambitieuse si l’accomplissement personnel continue d’être mesuré à la capacité d’obtenir un cachet sur un passeport. Le jour où rester, entreprendre et réussir au pays deviendra plus valorisant que partir à tout prix, le business du visa perdra enfin sa puissance.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE 

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que le lien hypertexte est de la rédaction

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