Consommation : le prix de la tomate chute de moitié en un mois
En l’espace d’un mois, le cageot de tomate est passé de 4 000 à parfois moins de 2 000 F Cfa dans plusieurs marchés de Yaoundé. Dans certains bassins de production comme Bafoussam, il se négocie déjà autour de 1 000 F Cfa selon des commerçants. Si les ménages profitent de la situation, les producteurs, eux, redoutent une nouvelle crise dans la filière.
Au marché d’Essos, dans la ville de Yaoundé, l’abondance saute aux yeux. Les cageots de tomate s’empilent, les vendeurs interpellent les passants, et les prix se négocient à la baisse. « 3 000 F Cfa le cageot ! » lance William T., avant d’accepter 2 500 F Cfa pour conclure la vente. Quelques mètres plus loin, certains grossistes affichent déjà 2 000 F Cfa comme prix du cageot. Chez les détaillants, les tas de 50 et 100 F Cfa se multiplient. « Nous n’avons pas de choix, si nous ne baissons pas le prix, notre marchandise va pourrir », confie une revendeuse.
Toujours à Yaoundé, en quatre semaines, le prix du cageot de la tomate a été divisé par deux. Et à l’Ouest, principal bassin de production, la chute est encore plus marquée. « À Bafoussam, le cageot là-bas est descendu à 1 000 F Cfa », affirme un commerçant. Une situation qui réjouit les consommateurs. Flore, restauratrice, dit en avoir acheté suffisamment pour constituer ses réserves : « Je la conserve au congélateur et cela va réduire mes dépenses. » Dans un contexte d’inflation alimentaire, cette baisse constitue un soulagement temporaire pour les ménages urbains.
Mais dans les zones de production du Mbam-et-Kim et de la Lékié, l’heure est à l’inquiétude. « À ces prix-là, nous travaillons presque à perte », déplore Martin Nomo, cultivateur. Il explique devoir vendre rapidement aux « bayam-sellam » pour éviter les pertes liées au caractère hautement périssable du produit. La situation actuelle de la tomate rappelle celle de 2020-2021, lorsque la désorganisation des marchés durant la pandémie du Covid-19 avait provoqué un effondrement similaire.
Selon les données 2023 de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Cameroun compte plus de 329 000 petits exploitants de tomates pour une production estimée à environ 90 000 tonnes par an. Une production concentrée principalement dans les régions de l’Ouest, du Centre et du Nord-Ouest. Pourtant, cette abondance saisonnière ne garantit pas la stabilité des revenus.
Pour l’ingénieur agronome Benoît Ngah, la crise actuelle est avant tout structurelle. « Nous faisons face à un marché non régulé. Lorsque la production augmente en saison, il n’existe pas de mécanisme d’absorption du surplus. L’essentiel de la demande provient des ménages. Les industries de transformation capables d’acheter massivement pour produire du concentré ou de la purée restent insuffisantes », explique-t-il.
L’économiste agricole Alain Tchoumba évoque, quant à lui, un problème de coordination. « Les producteurs réagissent aux prix élevés de la saison précédente. Résultat, tout le monde plante en même temps. Sans système d’information agricole performant ni planification collective, la surproduction devient inévitable. » Il souligne également le déficit d’infrastructures de stockage et de chaîne du froid, qui oblige les acteurs à brader pour limiter les pertes post-récolte.
Désiré Domo







