Recensement 2026 : 13 milliards F Cfa pour combler 20 ans de flou démographique
Après plus de deux décennies sans données fiables, le Cameroun lance enfin le Recensement général de la population et de l’habitat. Entre explosion démographique et contraintes budgétaires, l’opération s’annonce décisive pour la planification du pays.
Après plus d’une décennie d’attente, le Cameroun s’apprête à lancer le quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-4). L’opération, prévue du 24 avril au 29 mai 2026 selon un décret signé le 6 mars par Joseph Dion Ngute, le Premier ministre, marque une étape clé après plus de vingt ans sans données actualisées.
Le dernier recensement remonte à 2005, avec des résultats publiés en 2009, qui estimaient la population à 19,4 millions d’habitants, selon le Bureau central des recensements et des études de populations (Bucrep). Depuis, seules des projections sont utilisées, situant aujourd’hui la population autour de 30 millions. Soit une hausse d’environ 10 millions en 16 ans, correspondant à une croissance moyenne proche de 3 % par an, encore à confirmer sur le terrain.
Ce déficit de données a des effets directs car pendant près de vingt ans, les politiques publiques ont été élaborées sur la base d’estimations. Le Rgph-4 doit ainsi permettre de réajuster la planification nationale en fournissant des informations fiables sur la taille, la structure et la répartition de la population.
Longtemps retardée pour des raisons financières, l’opération a vu son budget passer de 64 milliards à 13,3 milliards F Cfa, soit une baisse de près de 80 %. Cette réduction s’explique notamment par la mutualisation avec le recensement agricole et de l’élevage. « Avec moins de moyens, on se limite aux données de base », résume Dieudonné Essomba, économiste statisticien.
Sur le terrain, environ 32 000 agents recenseurs seront mobilisés, équipés d’outils numériques pour améliorer la collecte. L’opération devra aussi éclairer les mutations économiques. Selon la Banque africaine de développement (Bad), la part de la population active dans l’agriculture est passée de 75 % en 1990 à 54 % en 2024, traduisant une transformation progressive du tissu économique.
Au-delà du simple dénombrement, le Rgph doit fournir des données essentielles sur les dynamiques démographiques, les conditions d’habitat et les mouvements migratoires, indispensables à la planification du développement. Les Nations Unies recommandent un recensement tous les dix ans. Au Cameroun, les opérations se sont succédées de manière irrégulière : 1976, 1987, 2005 et désormais 2026. Ce décalage a installé un flou statistique durable.
Dans ce contexte, le Rgph-4 apparaît comme une opération de rattrapage. Reste à savoir si, avec des moyens réduits, il permettra de produire une photographie fidèle d’un pays estimé à près de 30 millions d’habitants.
Désiré Domo







