UPC : LA FLAMME FONDATRICE, L’OUBLI ORGANISÉ ?

Le 10 avril 1948, dans la discrétion d’un bar de Ndogbati, douze hommes posaient un acte qui allait bouleverser l’histoire du Kamerun: la naissance de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Soixante-dix-huit ans plus tard, entre héritage revendiqué et mémoire fragmentée, une question persiste : la nation reconnaît-elle à ce mouvement la place qui lui revient ?

Une naissance clandestine, une ambition nationale

 « Grouper et unir les populations du territoire pour les idéaux de réunification, de l’indépendance et de l’élévation du standard de vie ». Tout est déjà là, consigné dans des statuts mûris dans les cercles marxistes et syndicaux, bien avant cette rencontre fondatrice. Le 10 avril 1948, ils sont douze, comme un symbole presque mystique, réunis « chez Sierra » à Ndogbati : Jacques Ngom, Charles Assalé, Guillaume Hondt, Joseph Raymond Etoundi, Léopold Moumé Etia, Georges Yémi, Théodore Ngosso, Guillaume Bagal, Léonard Bouli, Emmanuel Yap, Jacques-René Bidoum et H-R Manga Mado. Dans l’ombre, l’architecte du projet, Ruben Um Nyobè, choisit l’absence pour tromper la vigilance coloniale. Une absence stratégique qui en dit long sur le contexte : celui d’un combat déjà risqué, déjà subversif.

De la clandestinité à la légitimité populaire

En quatre années seulement, l’UPC passe de l’ombre à une force politique structurée : 460 comités de base, 80 000 adhérents. Une progression fulgurante, portée par une cause claire et un enracinement populaire réel. En décembre 1952, devant la 4e Commission de tutelle de l’ONU, la parole devient internationale. Les revendications sont sans ambiguïté : « La révision des accords de tutelle décidés sans le peuple Kamerunais ; la réunification immédiate ; et l’accession à l’indépendance dans un délai de dix ans. » Ce discours n’est pas seulement politique. Il est historique. Il inscrit le Kamerun dans le concert des nations en lutte pour leur dignité.

Une mémoire disputée, un héritage dilué

Et pourtant, 78 ans après, que reste-t-il de cet élan fondateur dans la conscience collective ? L’UPC est partout… et nulle part. Présente dans les discours officiels, mais souvent vidée de sa substance révolutionnaire. Honorée à demi-mot, mais rarement assumée dans toute sa radicalité. Le paradoxe est cruel : le mouvement qui a porté les aspirations les plus profondes du peuple kamerunais semble aujourd’hui relégué à une mémoire fragmentée, parfois instrumentalisée. Ceux qui maintiennent encore la flamme sont ostracisés et ignorés. Peut-on construire une nation solide en édulcorant ceux qui ont posé ses fondations ?

Reconnaître, ce n’est pas commémorer c’est assumer

Reconnaître la place de l’UPC, ce n’est pas de multiplier les cérémonies. C’est restituer la vérité historique. C’est enseigner sans détour. C’est accepter que l’indépendance ne fut ni un don, ni une formalité, mais le fruit d’un combat structuré, pensé et porté par des hommes et des femmes engagés. Comme le rappelait l’esprit même de ses fondateurs : « L’indépendance n’a de sens que si elle élève le niveau de vie et la dignité des peuples. »

 L’histoire comme boussole

L’histoire de l’UPC n’est pas un simple souvenir. Elle est une boussole. Elle interroge le présent : avons-nous poursuivi l’idéal de réunification réelle ? Avons-nous garanti l’élévation des conditions de vie promises ? Avons-nous su préserver l’esprit d’unité nationale ? Ignorer l’esprit d’avril, c’est s’égarer. Le comprendre, c’est peut-être retrouver le chemin.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

 

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